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François BÉGAUDEAU


L’amour

Ouvrir un nouveau livre de François Bégaudeau, c’est se préparer à l’avance à un moment de découverte. Quelle surprise nous attend ? Vers quel angle du monde l’auteur se sera-t-il tourné ? Que nous révèlera-t-il du réel puisque c’est du réel, toujours, qu’il s’empare ?
Le titre nous met peu sur la voie tant L’amour est un titre a priori banal. Il fallait même oser un tel titre ! Vague, ample, ordinaire… Tout le contraire de la passion, du merveilleux, du sublime, du fantasme.
Et puis on ouvre le livre.
Et on comprend tout.
On aurait d’ailleurs pu lire la quatrième de couverture, ou François Bégaudeau explique qu’il a voulu « raconter l’amour tel qu’il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. » Mais ne pas lire ces lignes permet de mieux partir à la rencontre de Jeanne, l’héroïne que l’on découvre dès la première page du roman.
On va la suivre tout au long de sa vie, qu’elle va partager avec Jacques, l’homme avec lequel elle va donc vivre l’amour. Faut-il dire le vrai, le vrai amour ? Chacun se fera son idée. Car c’est là l’une des forces du livre : nous mettre face à notre rapport à l’amour. Nous obliger à regarder droit dans les yeux ce que l’on considère souvent comme une vie plate, celle où l’amour est sans relief parce que sans drame. Un amour fait d’un mariage qui tient, d’un enfant qui grandit bien, de salaires non mirobolants mais suffisants pour s’offrir une maison, une voiture, des barbecues entre amis. Est-ce l’amour que l’on voudrait pour soi ? On s’interroge. On fait ce que l’auteur souhaite sans doute que l’on fasse : on se demande si l’amour peut s’accomoder de tant de simplicité.
Bien sûr, François Bégaudeau ne tranche rien puisqu’il ne fait que nous entraîner dans la vie de ce couple sans histoire. Il le fait tambour battant et c’est là l’autre force du livre : ce rythme rapide qui mime le temps d’une vie qui passe en emportant chaque scène vers une autre avant même qu’elle ne soit terminée. Rien n’est approfondi puisque tout va bien. C’est la ronde des jours qui filent. C’est tout.
C’est tout et c’est énorme car peu d’auteurs peuvent se vanter de savoir écrire si bien cette ronde ou cette course. François Begaudeau le fait avec une écriture dont on sent que chaque mot est pesé. Tout superflu est proscrit. On avance, on avance. Et on ne lâche le livre qu’à la fin. Avant, non, on ne peut pas. On est pris dans cette danse de mots pesés où aucun ne sonne faux ni n’est en trop.
Le dernier livre de François Bégaudeau est d’une exactitude parfaite. Aucun faux pas. Un amour pur. Simple. Réussi.

Isabelle Rossignol 
(13/09/23)    



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Verticales

(Août 2023)
96 pages - 14,50






François Bégaudeau
né en Vendée en 1971, romancier, essayiste
et critique littéraire.

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Wikipédia



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