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John BROWNLOW


L’agent Seventeen


« Ce que je dis c’est que tous ces trucs que tu vois à la télé et au cinéma, les voyages à fond la caisse dans des contrées exotiques dans des voitures de sport voyantes, les fuites par les toits en faisant du parkour pour éviter les rafales d’automatiques, les idylles avec des célébrités glamour aux origines ethniques variées et aux allégeances suspectes, et la suppression à distance avec des armes silencieuses de cibles choisies pour des raisons qui restent opaques jusqu’au troisième acte, quand les méchants réapparaissent en masse pour te botter le cul, rien de tout ça n’existe.
Absolument rien.
Pas même un tout petit peu.
À moins d’être moi. »

« Moi » n’a pas vraiment un nom, juste un numéro, Seventeen, une sorte d’attribut ordinal car, logique oblige, il vient après Sixteen, le meilleur, dont il a pris la place. Ce dernier a inexplicablement et opportunément disparu depuis quelque temps. La place est libre. Elle revient, comme une passation de pouvoir, au plus qualifié, après avoir fait ses preuves. À présent, c’est Seventeen le meilleur. Il exécute, au sein d’une officine plus ou moins douteuse, mais pas pour tous, le sale boulot dont toute institution officielle se défausse, afin de garder les mains presque propres. « Appelez-moi dix-sept. Je n'ai pas d'autre nom, plus maintenant. Seize tueurs ont fait ce travail avant moi. Officiellement, je n'existe pas, mais tous les gouvernements m'utilisent. Je suis le tueur à gages le plus redouté au monde. Mais personne ne fait ce travail longtemps. Parce que pour être le meilleur, il faut battre le meilleur, et il y a des rivaux à mes trousses. Mes jours sont comptés. »

Seventeen, c’est donc une renommée, un gage de qualité à force d’expérience. Les missions s’enchaînent mais lors de l’une d’elle, la routine professionnelle se dérègle un peu. Elle est sauvée par le savoir-faire de Seventeen. Toutefois elle a comporté une accumulation de dérapages. Des grains de sable qui s’agrègent comme des alertes et embrouillent l’esprit de notre professionnel. L’une des dernières victimes, éviscérée, le suppliait en disant « parachute, parachute, parachute ». Quel est ce langage codé ? Avait-il bien compris, était-ce dans une autre langue ? Il se confie à son employeur, Handler, qui justifie cela par un hasard malencontreux. Handler en profite pour lui assigner une mission, retrouver Sixteen et l’éliminer. Une manière de redonner confiance à Seventeen et en même temps un avertissement. S’il refuse ou échoue, cela donnerait le signal de son déclin et perçu comme une faiblesse enclenchant une compétition pour accéder au trône. Dès lors un Eighteen pourrait prendre sa place. Commence une traque, et un dérapage supplémentaire fait du chasseur une cible à son tour.

Le bandeau du livre annonce « Pour les fans de Jason Bourne et de James Bond ». Seventeen est un homme aux multiples talents. Il est à la fois psychologue et médium, devine les pensées d’autrui et prévoit leurs réactions. Expert en armes à feu de tous calibres et de toutes époques. Mécanicien hors pair, il pilote pratiquement tous les engins contemporains, ou pas, et sait bricoler, au moment opportun, une arme utopique. Un peu urgentiste car autant de munitions dispersées par les armes à feu peuvent égratigner le cuir tanné d’un héros. Aussi, un geek confirmé affublé de bien d’autres qualités étrangères au quidam lambda. Autant dire qu’avec ce type de personnage, on ne traîne pas, de page en page, les très courts chapitres aidant, vous avalez cinq cent pages au pas de charge.
Et la gente féminine dans tout cela ? Bien qu’attirant les femmes, ces dernières ne recoulent pas devant ce type ou ceux de son acabit. De plus Seventeen s’en méfie avec raison puisque l’une d’elle Barb, l’arrose de spray anti-ours, bien que déjà ligotée. « Il y a plus de sang-froid dans le petit doigt de Barb que chez la plupart des hommes que j'ai connus, moi, moi compris. Je ne lui fais absolument pas peur, ou alors, elle ne le montre pas. On ne leur a pas érigé des masses de statues, mais ce sont des femmes comme elles qui ont construit l'Amérique. Des femmes de toutes croyances et de toutes les couleurs qui savaient endurer la neige et la canicule, manier la charrue, traire les vaches, scier le bois, faire des enfants, les élever et les nourrir avant de les regarder partir, et qui se faisaient frapper par des maris infidèles ou bourrés sans pourtant jamais laisser s'éteindre tout à fait la flamme de la bonté qui brûlait en elles. »

Si par mégarde, étant insomniaque, vous feuilletez Seventeen, le livre de John Brownlow, en attendant le sommeil, vous faites un mauvais calcul. Seventeen, le héros, vous conduira à veiller jusqu’au bout de la nuit et aggravera votre insomnie. Pour cela il a une méthode. Faire croire à son histoire, en vous prenant comme confident. Seventeen commente admirablement toutes ses actions qui gagnent en tension, sait vous attendrir, parallèlement, en contant son enfance. Fils d’une prostituée tuée sous yeux, il narre froidement sa vengeance, prélude à une vocation. Il embobine. Le lecteur gobe et en redemande. Vous traversez des contrées inconnues, notamment le « trou du cul du monde ». Dans un style percutant plein d’habileté, le livre de John Brownlow, Seventeen, vous assomme en un round après une nuit blanche.

Michel Martinelli 
(07/08/23)    



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Noir & polar







John BROWNLOW, L’agent Seventeen
Gallimard Série Noire

(Mars 2023)
512 pages - 23

Version numérique
16,99

Traduit de l'anglais par
Laurent Boscq










John Brownlow,
né en 1964 en Angleterre, a fait des études de lettres à Oxford avant de débuter comme photographe puis réalisateur et scénariste. L’agent Seventeen est
son premier roman.