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Thierry CARA

Le chant des particules



Il est question ici de particules et de physique quantique mais il ne s’agit pas d’un traité scientifique. Nous sommes bien dans un roman. D’anticipation certes puisqu’il se déroule en 2372 mais aussi roman d’aventures (avec un beau héros courageux et déterminé), d’amour (et de jalousie), politique (sur l’exercice du pouvoir et les privilèges d’une minorité) et écologique (la Terre dévastée, désertifiée, sauf en un lieu artificiel créé pour une élite).

Tiago Loxo, le beau héros, se trouve dans le vaisseau spatial Amour avec un équipage d’une trentaine de membres en mission dans l’espace pour diffuser la Voie Karmique sur les planètes habitées ou supposées l’être, quand il reçoit l’ordre de revenir sur Terre. Ils sont partis depuis dix-sept mois en temps spatial ce qui représente 122 ans sur la Terre. Pourquoi cette demande imprévue de retour immédiat sur Terre ? Le QG ne lui donne aucune raison ou précision. Se passerait-il donc quelque chose d’anormal sur la Terre ? Dans quel état les astronautes vont-ils retrouver leur planète après 122 ans d’absence ? On ne leur fournit aucune information. Ils doivent obéir, c’est tout !

Le lecteur, lui, en apprend un peu plus au fil des chapitres. Sur la Terre, la situation est devenue catastrophique. « Après l'embrasement d'incendies généralisés, gigantesques et incontrôlables, un climat caniculaire et stérile s'était installé sur toute la surface du globe, n'épargnant aucune contrée. À cela s'était ajoutée la montée des océans, alimentée par la fonte des calottes glaciaires. Pas à pas, ils avaient grignoté les continents. Chaque parcelle de littoral, chaque ville côtière s'était, de façon inexorable, retrouvée sous les eaux, rayée de la carte. Mais la dévastation de la planète ne s'était pas arrêtée là. Un jour, des virus préhistoriques inconnus, piégés dans le peu de glace qui subsistait aux pôles, avaient été libérés. Revenus à la vie, ils s'étaient propagés à une vitesse vertigineuse. Les nouvelles pandémies avaient provoqué plusieurs milliards de morts chez ceux qui avaient réussi à échapper aux diverses catastrophes climatiques. […] En quelques mois, c'était toute la population de la Terre qui avait été balayée et ramenée à quelques millions d'individus. »

La première survivante que nous rencontrons, Laïa, vit sous une tente à la manière des Touaregs dans le Sahara ou des camps de réfugiés du Moyen-Orient au vingt et unième siècle. Sauf qu’en 2372, c’est toute la population qui vit ans ces conditions. Enfin pas vraiment « toute » la population.
Laïa sait « que les plus riches avaient contribué, auprès du Gouvernement yogique, à la construction de la Bulle. Bien des fois, on la lui avait décrite en parlant d'une sorte de "cocon" protégé par un climat particulier. Un lieu où des machines invisibles diffusaient de l'air sain, frais, gorgé de particules d'eau purifiée par un dispositif complexe. […] Cet endroit puisait sans vergogne les rares ressources encore disponibles de la planète. Dans cet écosystème recréé, humains, végétaux et animaux cohabitaient. Ils étaient préservés des affres de la Terre, comme sous la voûte d'une main maternelle bienfaitrice et artificielle. »
Cette Bulle couvre une grande partie de ce qui était l’Europe cent vingt ans plus tôt.

Le roman se déroule en alternance dans ces trois espaces : le vaisseau Amour, la vie dans la Bulle et à l’Extérieur de la Bulle.

Dans la Bulle, on comprend que les enjeux de pouvoir sont exacerbés. Un « Grand Plan » mystérieux et secret, impliquant le retour sur Terre du vaisseau amour et de son commandant, mis au point par le gouvernement, ne fait pas l’unanimité. Le chef suprême, Yogi 7, dispose de pouvoirs exceptionnels qui semblent s’amenuiser sous l’effet du vieillissement. La course à la succession pourrait bientôt s’ouvrir.

À l’Extérieur de la Bulle, Laïa est en lien avec un groupe de rebelles qui ne supportent pas la situation qu’on leur impose.

Comment le commandant Loxo va-t-il être accueilli sur une Terre si différente de celle qu’il a connue cent vingt ans plus tôt, c’est la question qu’on se pose pendant la première partie du roman. Ensuite, on le suit dans ses aventures amoureuses et héroïques.

Voilà un roman vif et mouvementé, qui interroge sur l’avenir de la planète et sa place dans l’univers, et qui peut séduire un large public par une belle palette de personnages des plus sombres aux plus lumineux. Comment une présence humaine pourrait-elle se maintenir sur une planète dévastée ? Le champ de la littérature d’anticipation est vaste et le dérèglement climatique ouvre malheureusement de nouvelles pistes à l’imagination féconde des auteurs…

Serge Cabrol 
(11/01/23)    



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David HENNEBELLE, Vers la flamme
Rivière Blanche

(Janvier 2023)
366 pages - 25













Thierry Cara
Le chant des particules
est son premier roman.