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Mikhaïl CHEVELEV

Le numéro un


Au fil d’une intrigue riche en suspense et en rebondissements, l’auteur dresse un portrait implacable de l’enrichissement pharamineux de certains en Russie dans les années 90 et de la collusion à grande échelle entre le pouvoir, le monde des affaires et les milieux maffieux. Les héros de cette fiction vont devoir faire preuve de courage et de sang-froid pour essayer de ne pas être broyés par un système omnipotent et impitoyable.

On accompagne Vladimir Lvovitch de 1984 à 2018. En 1984, il est encore étudiant et se livre comme tout le monde à quelques magouilles pour arrondir ses fins de mois. Par exemple une revente de pneus en dehors du commerce officiel qui ne se déroule pas comme il l’espérait. Arrêté par la police, il rencontre un capitaine du KGB et doit signer un document qui lui inspire une inquiétude peut-être exagérée.  « Ils ne savent rien sur nous. Rien du tout. À part ce que nous leur racontons. Sur nous-mêmes et sur les autres. Et toutes ces légendes sur leurs yeux qui sont partout et leur omniscience diabolique ne sont que du bluff, un mythe, un appeau à moutons. La seule chose qui leur permet de nous contrôler, c'est notre peur. »
C’est en 1991 que sa peur disparaît tout à fait quand Mikhaïl Gorbatchev proclame la mort de l’Union soviétique. Vive la Russie et la plus grande privatisation de tous les temps ! Tous ceux qui ont de l’argent ou du pouvoir se lancent dans la spéculation, la corruption et l’enrichissement personnel comme des vautours sur une carcasse. Les plus rapides et les plus forts emportent les plus gros morceaux.
C’est à ce moment-là que Vladimir retrouve Ilya, un ami de l’époque où il était étudiant. Ilya a épousé la fille d’un puissant homme d’affaires et occupe maintenant un poste important dans l’entreprise familiale. Fidèle en amitié, il est heureux de revoir Vladimir et lui propose un emploi de traducteur/interprète dans leur société.
Les années passent, les affaires marchent bien, Vladimir travaille à l’international, traduit tous les documents et notamment ceux qui concernent l’exportation des capitaux vers les pays occidentaux et les paradis fiscaux. Il est devenu l’homme de confiance d’Ilya et gère la partie immergée de l’iceberg commercial.

C’est en 2018 que le hasard vient bouleverser une mécanique bien huilée par un coup de téléphone qui nous est révélé dès la première page du roman. Marina Stoudionova, avec qui il a travaillé dans la même entreprise vingt ans plus tôt, lui fait part d’un événement très troublant. Sa fille Macha travaille à l’institut d’histoire contemporaine de Moscou où un jeune Américain, David, est venu effectuer un stage pour ses recherches. Macha en est tombée amoureuse, elle vient de le présenter à sa mère et Marina a été sidérée par la ressemblance entre David et Vladimir au même âge. Elle a ressorti une photo de 1997, on a l’impression de voir David à la place de Vladimir. Marine lui donne quelques renseignements sur David qui voudrait le rencontrer mais Vladimir répond évasivement et raccroche.

Qui est ce jeune Américain qui aimerait vraiment le rencontrer ? Nous le découvrirons au fil des flash-back car le coup de téléphone est le grain de sable qui vient remettre en cause tout le travail de Vadimir, tout ce qu’on lui a fait faire et sa relation à ceux qui l’emploient.

Passionnant panorama de l’économie post-soviétique, ce roman est aussi un véritable thriller où Vladimir devient à la fois la proie et le chasseur dans une dangereuse aventure dont les protagonistes ont des méthodes très expéditives pour se débarrasser des curieux et des empêcheurs de s’enrichir en paix. Le style est vif, les chapitres toujours à la première personne, qu’il s’agisse de Vladimir ou de David, et on se laisse emporter sans pouvoir lâcher le livre jusqu’à la dernière page. Une nouvelle preuve que la fiction, parallèlement aux essais, permet aussi de mieux comprendre le réel.

Serge Cabrol 
(08/02/23)    



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Lectures







Mikhaïl CHEVELEV, Le numéro un
Gallimard

(Janvier 2023)
176 pages - 18

Version numérique
12,99


Traduit du russe
par Christine
Zeytounian-Beloüs
















Mikhaïl Chevelev,
né en 1959, est un journaliste d'opposition connu en Russie. Le numéro un est son deuxième roman publié chez Gallimard.