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Giancarlo DE CATALDO


Je suis le châtiment


En créant le personnage du procureur Manrico Spinori, l’auteur sait bien de quoi il parle puisqu’il est lui-même magistrat à la cour de Rome. Même si ce n’est pas toujours du goût des policiers, le procureur est maintenant beaucoup plus impliqué dans les enquêtes comme le déplore une des inspectrices : « Comme beaucoup de ses collègues, elle considérait les juges d'instruction comme un mal nécessaire. Même si elle appartenait à la nouvelle génération, elle partageait avec les vieux flics les regrets de l'époque où c'étaient eux qui décidaient tout et où les juges se limitaient à ratifier leurs actes. Maintenant la police judiciaire dépendait en tout et pour tout du procureur, point final. Mais dans la rue, les avoir dans les pattes, ça non. La rue appartient aux policiers, que les juges en costume-cravate restent à leur place. » Malheureusement pour elle, le procureur Spinori aime le terrain et ne manque pas une occasion d’observer de très près les opérations… pour le plus grand plaisir du lecteur.

Il faut dire que ce Manrico Spinori est un personnage atypique. Substitut du procureur de la République à Rome, il est issu d’une noble famille. Son patronyme complet est Manrico Leopoldo Costante Severo Fruttuoso Spinori della Rocca des comtes d'Albis et Santa Gioconda.
Il habite toujours dans un magnifique hôtel particulier qui pourtant ne leur appartient plus. Sa mère, diagnostiquée ludopathe, a tout perdu au jeu. « Y compris l'hôtel particulier dans lequel ils étaient autorisés à continuer de vivre par le fonds qui en était devenu propriétaire. Un des principaux investisseurs était un ancien avocat, un collectionneur raffiné qui, un demi-siècle auparavant, avait été éperdument amoureux » de la belle comtesse.
Une autre caractéristique du procureur est sa passion pour l’opéra. « Son credo était implacable : il n'existe pas d'expérience humaine — crime compris — qui n'ait pas déjà été racontée dans un opéra lyrique. Il suffit de trouver lequel. Et remettre le mélodrame de la réalité au centre de la scène. »

Au début de cette nouvelle enquête, il pense d’abord à Don Juan. La victime est Stefano Diorallevi, dit Mario Brans, dit Mèche d’Or, un ancien chanteur, vedette des années 60-70, recyclé comme juré d’un télécrochet télévisuel. Les freins de sa voiture ont été sabotés et l’accident a été mortel.

L’équipe du procureur est entièrement féminine. Trois inspectrices dont une nouvelle qui a du mal à trouver sa place et dont Spinori va observer avec une grande attention les attitudes, les initiatives, les réactions, essayant peu à peu de lui faire comprendre la différence entre vengeance et justice.
Selon l’idée « que depuis toujours er priffe e ‘r pelo, ce qui veut dire l’or et la passion, gouvernent le monde » le nombre de celles et ceux qui pourraient vouloir la mort du vieux et riche playboy ne cesse de croître de chapitre en chapitre.

C’est finalement Rigoletto qui lui permettra de comprendre les ressorts de cette affaire et le titre du roman est tiré de cet opéra de Verdi : « il est le crime, je suis le châtiment ». Évidemment, il faut lire le livre pour comprendre le raisonnement du procureur et c’est vraiment un très agréable moment de lecture, plein de finesse et de rebondissements, pimenté par ce jeu du chat et de la souris entre Spinori et sa nouvelle (et efficace) inspectrice.

Serge Cabrol 
(29/03/23)    



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Noir & polar







Giancarlo DE CATALDO, Je suis le châtiment
Métailié Noir

(Mars 2023)
240 pages - 20,50

Version numérique
12,99


Traduit de l’italien par
Anne Echenoz








Giancarlo De Cataldo,
né en 1956 à Tarente, magistrat à la cour de Rome, est aussi romancier, dramaturge, essayiste
et scénariste.


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