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Camille de VILLENEUVE

Le dernier torero


Dans une période où des propositions de loi à l'Assemblée Nationale visent à interdire les corridas, le livre de Camille de Villeneuve pourrait apparaître à contre courant des évolutions des sensibilités sur ce sujet. Le dernier torero n'est pas un essai sur la corrida. Loin des clichés, ce roman plonge le lecteur au cœur du monde de la tauromachie où tour à tour, dans la proximité des arènes, les acteurs expriment la complexité de leurs sentiments.

L'héroïne, c'est Sandra, une femme torero !  Rares sont les femmes toreros qui, comme elle, ont connu le succès dans des arènes aussi prestigieuses que celles de Séville ou de Malaga. La narratrice, une proche de Sandra nous dévoilera comment ce désir d'affronter les taureaux est né chez cette femme si menue, si réservée mais ô combien déterminée... Au détour d'une phrase, le lecteur apprendra que - bien que rares - des femmes toreros il y en eut de célèbres par le passé :

"Les femmes qui pour la première fois ont bravé les taureaux portaient des jupes longues et la veste de lumière. Sur une gravure de Gustave Doré, Teresa Bolsi triomphe dans une robe à crinoline et large décolleté. Elle brandit sa cape avec une expression arrogante, elle ressemble plus à Judith découpant Holopherne qu'à une matador. Dolores Sanchez a été la première à porter l'habit des hommes. Juanita Cruz ressemble à une infirmière de guerre avec sa jupe droite fendue qui entrave sa marche ".

La vie d'une torero n'est pas sans risques et la gloire peut être éphémère. Un coup de corne a laissé Sandra à terre. Ce coup de corne, elle l'a reçu d'un toro nommé Modesto qu'elle a gracié et à qui elle ira rendre visite quelques années plus tard dans sa retraite paisible. Magnifiques pages à la fois touchantes et tragiques sur les relations des toreros avec les bêtes. Sandra est cependant déterminée à revenir dans l'arène et nous allons l'accompagner pour reconquérir ce monde de la tauromachie avec ses fidélités et ses intrigues, les turpitudes des apoderados et les exigences prétentieuses des aficionados...

À force d'entraînement et de persévérance, Sandra va finalement toréer à nouveau dans des arènes de villages mais sans passion et sans grâce jusqu'au jour où Sanchez un Gitan devenu un 'artiste' torero déclare avec fougue :
"Nous sommes devenus des sauvages aux yeux de la bourgeoisie, comme avant nous les paysans, les bergers, les ouvriers. Pour elle nous sommes des reliquats puants du franquisme. Vous vous rendez compte, moi un franquiste ? Les parents de ma mère que vous voyez là étaient à Auschwitz avec trois de leurs enfants qui y sont morts. Déportation des Gitans "

Sanchez propose à Sandra une chose inouïe : lui offrir son taureau lors de la prochaine corrida de Séville, c'est-à-dire qu'au moment de la mise à mort du taureau, Sanchez tendra son épée à Sandra cachée derrière le callejon (ballustrade) et ce sera à elle de tuer l'animal. Le jour venu, Sandra, en jean et tee-shirt, comme jadis les gamins andalous, sauta dans l'arène au moment convenu. Une entorse au protocole mais un triomphe !  Un nouvel espoir pour la torero.

Bien que Le dernier torero emprunte à l'histoire, à la culture et à la 'liturgie' tauromachique, le roman de Camille de Villeneuve aborde le thème de la mort sans fard et avec beaucoup de subtilité.

Yves Dutier 
(05/04/23)    



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Camille de VILLENEUVE, Le dernier torero
Gallimard

(Février 2023)
290 pages - 21,50

Version numérique
15,99






Camille de Villeneuve,
née à Paris en 1981, a déjà publié plusieurs romans et reçu le prix François Mauriac de l'Académie Française en 2014.

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