Retour à l'accueil du site





Minos EFSTATHIADIS


Le couteau des sables


Un Allemand, Gunnar Richter, vivant en France est assassiné à Montmartre sous une pluie battante. Son fils, Théodore, l’attend en vain. En rentrant à leur domicile au petit matin, il apprend, par l’inspecteur Maxime Tullier, l’assassinat de son père. Tullier, un peu saoul, était le premier sur les lieux du crime suivi des techniciens de la cellule d’identification criminelle. L’inspecteur leur demande ce qu’ils pensent de ce crime :
« – Rien. Les rues sont le pire endroit pour recueillir des indices
Il faut que vous me donniez quelque chose pour commencer. N’importe quoi. Même une… idée folle. »

Un meurtre et quelques indices énigmatiques. D’abord, le constat du médecin légiste dont l’attention est attirée par la série de quatorze orifices en forme de cercle sur l’homme assassiné. Ensuite, le témoignage d’une habitante, dont les fenêtres donnent sur les lieux du crime,  laisse l’inspecteur sceptique. « Chacune de ses paroles, chacun de ses gestes, chacun des détails de la pièce augmente les doutes de l’inspecteur Tullier. Il ne peut cependant faire autrement que de rester assis en face d’elle, presque hébété, à l’écouter. » Ce témoin est une professeure de piano. Elle témoigne comme si elle avait assisté à un ballet. « Il n’y avait personne d’autre, juste l’ombre. Elle s’est agenouillée aussitôt à côté de lui et ils se sont mis à faire du théâtre. » Une ombre s’est donc approchée de l’homme. Ils ont esquissé ensemble une danse. Après, l’homme a levé un bras puis s’est écroulé sur le dos. Cela étant, l’ombre a semblé embrasser l’homme. Un peu plus tard, les trouvailles de l’identification criminelle révèlent la présence, sur la victime, d’une carte bancaire dissimulée dans la couture de la manche droite de son manteau. Enfin, le témoignage du gestionnaire de l’immeuble où résidait la victime. Celle-ci est arrivée portant une grosse valise en cuir. La visite de l’appartement par Tullier lui fait découvrir un carnet sur lequel sont dessinées des figures géométriques inintelligibles. 

L’enquête débute mollement pour la police et son inspecteur Tullier. L’idée folle attendue par Tullier est réservée à un narrateur, Chris Papas, détective débonnaire qui entre en scène. Le personnage n’a pas spécialement les atouts du bon détective puisque les soupçons de la police, dans une mauvaise affaire en Allemagne, l’ont forcé à émigrer en Grèce, l’obligeant à délocaliser, pour ainsi dire, son business de détective. « J’ai perdu ma licence et, du détective le moins cher de Hambourg, je suis devenu le seul détective d’Aigon. » Contacté par Théodore, le fils de la victime, Chris Papas doit d’abord rapatrier le corps de Gunnar Richter. Selon ses dernières volontés, ce dernier voulait être inhumé en Grèce. Après, il s’agira de découvrir qui l’a tué. Lors d’une dernière entrevue, Théodore remet une mystérieuse enveloppe à Chris. Il lui demande de la lui garder jusqu’à leur prochaine rencontre.

Le détective est alors entraîné, non pas toujours par sa pugnacité de détective, dans une affaire qui le dépasse de très loin. Il a un brin de réussite dans sa recherche, mais il est plus préoccupé par la santé vacillante de sa chienne, Betty Blue, proche de mettre bas. Particularité de Betty Blue, elle adore écouter de la poésie de Verlaine et d’Argys Chionis, aime aussi Paul Celan. Chris à ses propres ennuis de santé occasionnés par une vertèbre défectueuse. Le seul remède étant d’absorber un anti-inflammatoire avec un verre de Jameson. Les chances de faire aboutir l’enquête restent donc minces.

Avec ce roman, Le couteau des sables, Minos Efstathiadis, nous entraîne dans une histoire rocambolesque. Sa plume, allusive – « À l’est, un rasoir invisible a commencé à découper l’horizon en tranches orange » – est énergique et ne faiblit pas tout au long du livre. Il fait de Papas un narrateur au ton ironique composant des maximes personnelles, quelque peu sarcastique sur lui-même, son époque et ses contemporains, mais empreint d’une certaine complaisance à leur égard. L’action se déroule sur fond de trafic de tableaux en Europe, de prostitution et pédophilie dans les contrées d’une Afrique post-coloniale. C’est aussi une vengeance longuement manigancée, exécutée avec minutie. Le récit enchâssé d’autres voix se développe en assez courts chapitres. La lecture ainsi cadencée entraîne sans relâche à la recherche du couteau des sables.

Michel Martinelli 
(17/04/23)    



Retour
Sommaire
Noir & polar







Minos EFSTATHIADIS, Le couteau des sables
Actes Noirs

(Mars 2023)
224 pages - 21,80

Version numérique
15,99


Traduit du grec
par Lucile
ARNOUX-FARNOUX














Portrait © Actes Sud / Vassilis Konstantinou
Minos Efstathiadis,
né en 1967, a étudié le droit à Athènes et à Hanovre. Il a déjà publié Le Plongeur (Actes Sud, 2020)