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Jennie ERDAL


La mystérieuse nuance de bleu


Ce roman nous entraîne en Ecosse. Edgar Logan dit Eddie, Français passionné de littérature, a vécu, enfant, au milieu des livres puisque son père était libraire. Il est devenu traducteur et arrive à Édimbourg car il souhaite traduire les essais d’un philosophe du XVIIIe siècle, David Hume.

Eddie rencontre un universitaire, Sanderson, professeur de philosophie un peu désabusé par son métier, qui a écrit un essai sur le bonheur.
« – Et c'est là que la littérature est plus instructive que la philosophie, poursuivit-il. Les romans sont pleins de gens malheureux, non pas parce que le bonheur est un sujet difficile à traiter, mais parce qu'il y a une tonne de souffrances inévitables dans le monde, et que c'est le rôle de l'écrivain d'attirer l'attention du lecteur sur elles. Et s'il arrive que le bonheur soit évoqué, il s'agit toujours d'un bonheur relatif et provisoire, semblable à celui que nous connaissons dans l'existence. »

Sanderson est passionné par la pêche à la mouche en rivière et enseigne son art à Eddie. Une relation amicale s’établit entre les deux hommes.

Carrie, la femme de Sanderson, est peintre. Eddie visite son atelier et assiste à un vernissage mais il ne sait pas comment parler de la peinture.

Le roman est un lieu de réflexion sur la philosophie, les passions de la vie, la création, la religion, le couple, l’amour, la traduction.
« Un soir, Carrie et moi parions de nos métiers réciproque et de la manière dont ils avaient façonné notre personnalité.
– Il s'agit moins de devenir le romancier que de trouver sa voix. On devient l'ombre du romancier, on vit par son intermédiaire. Mais avant tout on est un lecteur, le lecteur le plus attentif que le livre aura jamais. Et votre traduction, c'est votre lecture de l'auteur, votre façon de restituer sa voix.
Je sentis un besoin impérieux de bouger pour briser l'intensité de l'échange. Je me levai et m'approchai de la table sur laquelle était posée la bouteille de vin.
– Moi-même je ne pourrais jamais être écrivain. Pour être écrivain, il faut avoir quelque chose à dire. Le travail du traducteur consiste à trouver des façons d'exprimer ce que l'auteur a déjà dit.
– Cela semble très différent de la peinture ou du dessin, répondit-elle, parce qu'on commence toujours par une toile blanche. »

Nous suivons le parcours de ces trois personnages dans leurs réflexions, leurs interrogations, leurs doutes, leurs mystères. La relation de couple entre Carrie et son mari est complexe et Eddie ne sait pas toujours comment se positionner. Il a parfois du mal avec les émotions et les codes sociaux. Peut-être est-il un peu Asperger ?

C’est un roman très riche qui approfondit de nombreux thèmes et rend très bien la complexité des relations humaines. Beaucoup de dialogues rythment tous ces échanges et nous permettent de philosopher avec bonheur.

Brigitte Aubonnet 
(09/01/23)



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Lectures







Jennie  ERDAL, La mystérieuse nuance de bleu
Métailié

(Octobre 2022)
368 pages - 23


Traduit de l’anglais
(Écosse) par
Gilles ROBEL







Jennie Erdal
(1951-2020)
Romancière écossaise,
elle a également travaillé comme éditrice, ghostwriter et traductrice du russe pendant de nombreuses années. Son autobiographie, Ghosting, a remporté de nombreux prix et est devenu un best-seller international. Son premier roman, La mystérieuse nuance de bleu, a remporté le Prix du livre du Commonwealth 2013.