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Marie FERRANTI & Petru GUELFUCCI

Le livre de Petru

« Le berger donnait de la voix pour encourager les bêtes et pour s'encourager lui-même. Il chantait seul, c'est moi qui ai mis les voiles sur ce chant. […] De cette monodie, j'en ai fait une polyphonie, une paghiella. […] J'ai choisi ce chant d'un travail que le paysan faisait seul et chantait seul et j'en ai fait un chant à plusieurs voix pour montrer que la Corse de demain, il faudra la construire tous ensemble. »

Le livre de Petru est une histoire à une main et une voix. Marie Ferranti, écrivaine, nota les entretiens en corse qu'elle a eus avec Petru Guelfucci, chanteur, compositeur, poète, apiculteur, avant son décès en 2021. Le texte alterne les paroles de Petru en corse, langue et pays auxquels il étaut viscéralement attaché et leurs traductions accompagnées des réflexion et des citations d'autres écrivains que les paroles de Petru évoquent à Marie Ferranti qui cite, entre autres, beaucoup Pasolini et Virgile.
« Quand je t’écoute parler des abeilles, il me semble revenir à la source d'une poésie antique, à l'humilité de gestes anciens et nobles. Il y a toute une histoire de l'humanité. Une vie paysanne n'est pas un métier. C'est presque une philosophie. Il faut prendre son temps, connaître la nature, en respecter les cycles, tenir compte du soleil, de la pluie, du vent... Se connaître en expérimentant le monde est ce qui nous fait le plus cruellement défaut. […] Dans Les Géorgiques, Virgile demande à son ami Mécène "d'admirer le spectacle des choses minuscules". »

Petru revient évidemment sur la Victoire de la Musique qu'il a remportée avec son groupe en 1995 et surtout sur la composition musicale, ses recherches sur les chants, secondé par ses amis et quelques années après par son fils.

Petru parle aussi beaucoup de l'impossible nostalgie de l’enfance et de son éloignement du militantisme violent de sa jeunesse même s'il pense toujours que l'État français s'est conduit et se conduit encore avec la Corse comme avec ses colonies, avec la même brutalité et le même mépris.
« Arabes, Kanaks, Noirs, Indiens, c'étaient tous des gens comme nous. »

Un témoignage authentique qui replace avec force et justesse le problème du nivellement du capitalisme, de l'arasement des langues régionales et de la culture qu'elles charrient et par conséquent de la perte irrémédiable d'autres façons de vivre.

« Prendre soin des autres, en avoir le souci, c'est aussi prendre soin de la langue. […] La faillite d'un mode de vie, c'est aussi la faillite d'une langue. Perdus les gestes, perdus les mots. La pauvreté de la pensée actuelle s'explique peut-être aussi par la passivité, l'incurie généralisée, le mépris de ce qui n'est pas semblable à soi et l’incuriosité pour ce qui est différent de soi. Frédéric Boyer, qui a si bien traduit la poésie de Virgile, le dit dans sa préface des Géorgiques : "Célèbre moins le travail que le souci des choses, des temps, des êtres, des histoires". »

Sylvie Lansade 
(21/07/23)    



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Lectures




Gallimard

(Mai 2023)
352 pages - 22,50





Marie Ferranti,
née en Corse en 1962,
a déjà publié
une quinzaine de livres.




Petru Guelfucci
(1955-2021)
Poète et chanteur
en langue corse.

Bio-discographie sur
Wikipédia



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un autre livre
de Marie Ferranti :
Histoire d'un assassin