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Michelle GALLEN

Ce que Majella n’aimait pas



Majella vit à Aghybogey, une petite ville d’Irlande du Nord. C’est une jeune femme courageuse qui depuis plusieurs années, travaille chaque soir dans un fish-and-chips et s’efforce de mener une existence paisible malgré les nombreuses difficultés qui compliquent son quotidien.

Depuis l’enfance, elle sait qu’on la considère comme une grosse paresseuse à moitié folle. "Grosse" au point d’être surnommée Jelly (gelée) par les autres, ces « autres » qui l’ont toujours insultée et humiliée.
"Paresseuse" alors qu’elle était bonne élève. « En général, elle était dans les premières de sa classe sans faire d'efforts. Mais ça n'était pas assez pour ses professeurs. Beaucoup d'entre eux avaient été naguère les profs de ses parents, aussi ils étaient persuadés qu'elle avait l'intelligence des O'Neill, du côté de son père, mais qu'elle tenait la paresse et la folie des Keenan, du côté de sa mère. Du coup, les choses n'avaient jamais été simples pour elle, à Saint Christopher. »
"À moitié folle" à cause de ses "comportements bizarres" qu’elle veille à dissimuler le plus possible. Elle a besoin de rituels pour gérer ses émotions et contenir les angoisses qui ont tendance à la déstabiliser. Quand elle s’aperçoit qu’elle se balance d’avant en arrière, elle arrête aussitôt. Les claquements de doigts sont plus discrets et lui permettent d’évacuer les tensions. Elle a besoin d’établir des listes – par exemple de ce qu’elle aime ou n’aime pas – qu’elle passe en revue pour s’endormir. Et elle a du mal à décrypter les intentions, les expressions, les visages, les regards, savoir si les gens sont tristes ou en colère. Mais elle se débrouille pour gérer tout ça et vivre avec.

Côté famille, ce n’est pas simple non plus. Sa famille catholique a été confrontée aux « Troubles » qui ont ensanglanté l’Ulster pendant des décennies. Bobby, le frère de son père proche de l’IRA, serait mort dans l’explosion d’une bombe qu’il s’apprêtait à poser. Difficile à croire ! D’autres rumeurs circulent… Le père de Majella est parti quelque temps après, sans jamais donner de ses nouvelles. Majella vit seule avec sa mère qui a sombré dans une dépression qu’elle entretient en mélangeant l’alcool et les médicaments, vautrée sur un canapé devant la télé, ne bougeant que pour rejoindre sa chambre.
Et pour compléter la noirceur du tableau, la grand-mère paternelle de Majella vient d’être assassinée. On ne parle que de ce crime à Aghybogey et la jeune femme a du mal à interpréter les regards et les expressions des gens qu’elle rencontre.

Le fish-and-chips où elle travaille est un lieu important dans ce roman parce que toute une partie de la ville y défile pour acheter ses repas à emporter. C’est un lieu d’observation stratégique et l’autrice manie à merveille l’art du portrait pour mettre en scène tous les clients et les relations qu’ils entretiennent avec Majella que tout le monde bien sûr connaît depuis la petite enfance.
La jeune femme s’entend bien avec Marty, l’autre employé, avec qui elle « baise » de temps à autre quand ils en ont envie. Le langage de Majella est cru, direct, brut et imagé, « argotique et poétique » selon la quatrième de couverture, et Carine Chichereau, la traductrice, réalise un travail magnifique pour nous restituer les pensées de cette jeune femme qui ne s’encombre pas d’euphémismes ou de litotes pour exprimer ses ressentis.

Le résultat est un roman passionnant et riche en émotions, où l’on avance peu à peu dans la compréhension de Majella, où l’on perçoit tout ce qu’elle assume au quotidien et comment elle mène sa barque avec plus d’énergie, de finesse et d’intelligence que certains ne l’imaginent. 

Serge Cabrol 
(23/02/23)    



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Michelle GALLEN, Ce que Majella n’aimait pas
Joëlle Losfeld

(Janvier 2023)
352 pages - 24

Version numérique
16,99




Traduit de l'anglais
(Irlande) par
Carine Chichereau








Michelle Gallen
Ce que Majella n’aimait pas est son premier roman traduit en français.