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David-Alexandre GUÉNIOT


Le livre de Patricia


Dans la quatrième de couverture, de ce livre – inclassable – l’auteur parle de « sa dernière image » ; une image, une photo, des photos, un projet artistique, un projet de vie qui se termine avec la brutalité et l’injustice du deuil, celui de Patricia Almeida, photographe, sa compagne.
Un livre sans « couverture », ou du moins sans ce qui constitue la couverture d’un livre, un titre, un nom d’auteur, une maison d’édition, éventuellement une image, une identification en quelque sorte.
Et c’est par cela même que livre, photo et vie se mêlent dans ce qu’il y a de plus puissant, de plus véritable : le cœur et l’esprit. Ici les images sont à l’intérieur, tirages anciens, documents, photos d’une vie en éclosion, textes, réflexions d’une femme qui a fait de la photographie son « histoire personnelle », sa vie.
David-Alexandre Guéniot reprend là où tout s’est arrêté, en préambule il écrit : « Aussi incongru et inapproprié que cela puisse paraître, partout ailleurs la vie suit son cours. Dans la rue, les vivants circulent dans l’ignorance et pressent le pas. Il est presque deux heures ».
Un décompte de l’absence, que l’auteur, en reprenant le projet de sa compagne, en une prose d’une simplicité magnifique accompagnée par le travail de Patricia, qui prolonge et témoigne de sa présence.
En un texte vocal – en lisant on entend l’hébétude, la douleur, la révolte, et tant d’autres sentiments qui se heurtent, émergent suite à la singularité universelle de la mort – David Alexandre Guéniot écrit : « Est-ce que j’écris pour me souvenir ou t’oublier ? », et plus loin encore «  Ce que je sens, ce qui s’attache à moi en ton absence n’est pas une image ni une présence, mais une existence », recréant pour nous, lecteurs qui n’avons connu Patricia, le lien entre l’essence de sa vie, son mode d’expression et la photo. « La photographie met à jour la fiction de mon identité. Elle rend compte d’états que je prends pour des propriétés. »
C’est une lettre, un récit que l’on ne voudrait jamais avoir lu – sa présence le rendant alors inécessaire – d’une portée rare, car épousant chaque étape, presque jour à jour de la disparition, de la peine et du deuil.
Créant cette proximité, grâce à une langue maîtrisée, épurée de toute coquetterie linguistique, qui recrée ce que nous avons vécu, ou que nous vivrons et nous renvoie à cette humanité perdue, cachée, sous les masques multiples d’une société tendant à l’uni formalisation.
Il reste son travail, ce livre – qui continue à resonner en nous après avoir lu la dernière page – et encore ces mots, toujours les mots « Comment finir ?... finir sur mon désir de combler ce manque, a posteriori. »
Et ses mots à elle, Patricia, sur un bout de papier froissé : « Le souvenir est le seul paradis dont nous ne puissions être expulsés ».

Marie Luise D'Orcisto 
(20/01/23)    



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David-Alexandre GUÉNIOT, Le livre  de Patricia
Loco

(Octobre 2022)
304 pages - 25 €

avec environ 200 photos
en couleurs
de Patrícia Almeida


Coédition avec
les éditions Ghost






David-Alexandre
Guéniot,

né en 1972 à Caen,
est éditeur à Lisbonne.