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Byung-Chul HAN

Un voyage dans les jardins
Éloge de la terre



Byung-Chul Han est né en Corée où il a passé son enfance dans un univers urbain. Venu en Allemagne, il étudie la philosophie, la littérature allemande et la théologie catholique. C'est donc depuis Berlin, près du lac Wannsee que l'auteur propose une visite de son jardin à ses lecteurs. Visite singulière, invitation à écouter les chants de la terre où musique et poésie se conjuguent, invitation à découvrir plantes et arbres en compagnie d'un jardinier qui aiguise notre regard et qui nous livre ses réflexions intimes et parfois teintées de mysticisme. En effet, selon lui, l'utilisation massive du numérique nous détourne du contact direct avec la terre et des végétaux :
Le mot anglais 'digital' se dit en français "numérique". Le numérique démystifie, dépoétise, déromantise le monde. Il lui vole tout mystère, toute étrangeté, tout ce qu'il approche devient connu, banal, familier, se transforme en like, en identique. Tout devient comparable. Face à la numérisation du monde, il serait urgent de reromantiser la terre, de lui rendre sa poétique, de lui restituer la dignité du mystérieux, du beau, du sublime.

"Restituer la dignité du mystérieux, du beau, du sublime", Byung-Chul Han s'y emploie tout au long de son ouvrage, par exemple le mystère du temps chez les plantes :
Le temps du jardin est le temps de l'autre. le jardin a son temps propre, dont je ne peux pas disposer. Chaque plante a le sien. Au jardin de nombreux temps propres s'entrecroisent. Les crocus d'automne et les crocus de printemps se ressemblent, mais ils ont une tout autre sensation du temps. Il est étonnant que chaque plante ait une conscience du temps affirmée, peut-être même plus que l'homme aujourd'hui devenu, d'une certaine manière, intemporel, pauvre en temps.

Chacun des chapitres consacré à une plante de son 'jardin d'hiver' (anémone d'automne, cerisier du japon, helléborine ...) est prétexte à rendre visite à un musicien, à un philosophe ou à un poète. Ainsi, le lecteur est convié à l'écoute des "chants de l'Aube" de Schumann, à la lecture des romantiques allemands : Novalis, Hölderlin ou Goethe (qui était aussi un botaniste réputé), à Rilke, à Benjamin ou bien encore D'Annunzio dont de nombreux poèmes sont reproduits.

L'auteur est particulièrement sensible aux plantes qui fleurissent en hiver :
Parmi les feuilles mortes, fleurissent crocus d'automne et colchiques. Mort et naissance, allée et venue se mêlent dans une profonde mélancolie.
Des plantes qui fleurissent en hiver, l'auteur en cite de nombreuses au nom étrange parfois (Suzanne aux yeux noirs) ou bien jasmin d'hiver, viorne d'hiver... Étrangement ces plantes à floraison hivernale dans nos contrées sont pour la plupart originaire de... Corée, du Japon ou de Chine.

Ce voyage dans les jardins est une invitation à un voyage planétaire en compagnie des plantes qui elles aussi sont voyageuses, une invitation à la méditation dans le jardin d'hiver de Byung-Chul Han. Un livre à savourer en hiver !

Yves Dutier 
(27/01/23)    



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Actes Sud

(Janvier 2023)
160 pages - 17



Traduit de l'allemand
par Olivier Mannoni







Byung-Chul Han,
né en Corée en 1959,
a étudié et enseigné à Berlin. Ses nombreux ouvrages sont traduits
dans plusieurs langues.