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Odile HENNEBERT


Sucrer les fraises


Dans cet album, tout est beau, pudique et sensible.
C’est un album à plusieurs niveaux de lecture. Il y a les dessins en noir et blanc où quelques éléments rouges viennent donner vie aux fraises, à un vêtement, une tartine, un gâteau, un pot de confiture ou quelques feuilles de fraisiers. Dans ces dessins, Odile Hennebert, autrice et dessinatrice, ne montre jamais les visages ni des enfants, ni des adultes. La présence des personnes âgées est suggérée mais rarement montrée. On peut rêver et se raconter des histoires, juste à les regarder.

Et il y a les textes, très courts, quelques mots, des formules lapidaires mais qui tapent juste et fort.
Des mots pour dire la solitude, le temps qui s’effrite, la mémoire en miettes, les mots en charpie. Pour dire aussi le besoin de liberté, le sentiment d’incompréhension, la nostalgie.
« Ses vieux amis sont déjà tous partis, et les nouveaux sont déjà tous vieux. »

Une centenaire : « ils sont venus avec des cadeaux et des chapeaux en papier. Ils la regardent comme un phénomène, mais le phénomène est fatigué, et se demande quelle heure il est parce qu’elle en a sacrément marre de tout ce cirque. »

« ‘Télégraphiste’. La jeune infirmière ne sait pas ce que ça veut dire. Ça veut dire qu’il a l’impression d’être devenu inutile. »

« Elle n’a rien à répondre à ‘c’était quoi votre métier ?’ Et rien ne l’agace plus que la conclusion sans appel : ‘Ah, vous n’avez pas travaillé !’ »

« À force de se souvenir des souvenirs, on les use. »

« À la table des jeunes mariés de 1952, c’est toujours silencieux. Ils n’ont plus besoin de mots… »

Peut-on rêver d’un troisième niveau de lecture où de très jeunes enfants partageraient avec ceux qui n’ont plus les mots, les rêves qui s’échappent de chaque dessin ?

Nadine Dutier 
(13/02/23)    



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Jeunesse







Odile HENNEBERT, Sucrer  les fraises
CotCotCot

(Février 2023)
Format 16,5 x 22 cm
64 pages - 14,90

À partir de 6 ans