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Éric MUKENDI


Mes deux papas


« Monseigneur du bois de Bondy a daigné venir jusqu'au XVIe arrondissement. Mais qu'est-ce qui vous conduit si loin de vos terres ?

Le narrateur, Boris, s'adresse à nous comme ça, dès la première phrase : « Dites-moi madame, pourquoi je dois m'expliquer devant vous là. » Il s'adresse à nous lecteurs comme à une assistante sociale ou à l'administration. Comme si, quand on est d'origine congolaise, il fallait toujours se justifier. C'est vrai que la situation de Boris n'est pas banale et c'est ce qu'il va nous raconter.
Boris « parle le noir et le blanc. Et pas dans deux langues différentes. Seulement dans la langue française que tout le monde parle. Je parle le blanc et le noir en français. […] Par exemple, chez nous, quelqu'un peut te dire j'arrive et ne venir que deux heures plus tard sans que personne ne s'offusque. […] Mais je connais aussi des gens, si tu arrives avec deux heures de retard, ils font grave la tête. » « Moi je parle les deux français. Celui de Béatrice [sa maman blanche] et celui de l'école. J'ai commencé à apprendre le français d’Hortense et des bourgeoises du XVIe. Mais je parle aussi le français de Tonton Fulgence et de ses potes congolais ou africains. »

Boris nous raconte les deux grands événements qui viennent de surgir dans sa vie de collégien à Bondy : l'arrivée de son géniteur et sa rencontre avec Hortense.
Son angle Fulgence qui a épousé Béatrice, une Française, a adopté le petit Boris quand sa mère et son petit frère sont morts à Kinshasa pour aider son frère Daniel complètement désemparé. Voilà donc sept années que Boris est un petit Français aimé, choyé par son papa-oncle ayant obtenu la nationalité française par son mariage avec Béatrice qui a adopté, elle aussi, Boris.

« On était dans le salon, tous les trois assis autour de la petite table basse, devant le journal de vingt heures de TF1. C'était le dessert et je crois qu'il n'y a aucun moment où t’es plus loin des rues d'une capitale africaine que quand tu croques dans un Magnum à la vanille et ce même si tu te trouves dans une ville européenne de seconde zone comme Bondy. »

Tourneboulé par son amour pour Hortense, une petite bourgeoise du XVIe que Boris a rencontrée lors d'une visite d'Orsay avec sa classe, bouleversé par l'arrivée de son vrai père qu’on fait passer pour son oncle, le jeune collégien nous dépeint drolatiquement ses proches et ses aventures
Où l'on apprend que son meilleur pote, Idrissa, lui, a deux mères, les tribulations de son père, enseignant, directeur d'école au Congo et qui doit en France faire des ménages, décharger des camions avec les papiers d'un autre.
La difficulté d'enseigner à Bondy, on sent le vécu de l'auteur, le voyage dans un autre pays lorsqu’on se rend de Bondy au cœur de Paris.

Mes deux papas est un roman touchant, tendre, qui donne envie de s'ouvrir aux autres. On aime Boris qui avance lumineux, plein d'amour et de confiance ; on a envie de le protéger contre les méchants de tout poil.

Boris est vraiment comme le voit Hortense, même si elle va utiliser la peur que les banlieusards déclenchent sur certains bourgeois, un seigneur, un chevalier qui pourfend la bêtise, la violence, le racisme, à sa manière, celle d'un gentleman.

Sylvie Lansade 
(03/07/23)    



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Lectures








Éric MUKENDI, Mes deux papas
Gallimard

Collection
Continents Noirs
(Mars 2023)
192 pages - 18,50

Version numérique
12,99









Éric Mukendi
enseigne le français à Rouen. Mes deux papas est son premier roman.