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Ron RASH


Plus bas dans la vallée


Le recueil est composé de sept nouvelles dont la première, la plus longue, cent vingt pages, un vrai petit roman, donne le titre à l’ensemble. Les récits datés nous amènent dans l’histoire des Etats-Unis, un passé parfois lointain, comme Les voisins ou Le Baptême, ou bien, peut-être plus proche, comme Leurs yeux anciens et brillants.

La première nouvelle, « le p’tit roman », commence ainsi : « Quand Serena Pemberton descendit de l’hydravion Commodore, en juillet 1931, un modeste mais fervent contingent de reporters et de photographes l’attendait. À l’exception du pilote, elle était seule. Ceux qui l’accompagneraient au camp forestier, à la fois bêtes et gens, étaient arrivés par bateau la veille au soir. Ils avaient déjà pris place à bord du train qui les emmènerait de Miami en Caroline du Nord. Tous sauf Galloway, son exécuteur des basses besognes, qui s’était procuré une automobile pour conduire sa patronne à la gare. » Et là nous rentrons dans le monde noir, « outre noir », du capitalisme sauvage où bêtes et gens sont traités de la même manière, c’est-à-dire mal, jusqu’à la mort.

Ce monde m’a fait penser au Talon de fer de Jack London appliqué à l’exploitation du bois.  Les seize parties de la nouvelle sont entrecoupées de paragraphes ou est faite la liste des pertes dues au déboisement. « Le puma fut le premier à quitter la vallée. La patte avant laissée des années plus tôt entre les dents d’acier d’un piège avait suffi à l’alerter. Alors que commençaient à tomber les arbres, d’autres suivirent le mouvement : l’ours noir et le lynx, la loutre et le vison, soit par deux, soit séparément. Puis le castor et la belette, le cerf et le rat musqué, la marmotte et le renard. Après eux, le raton laveur et le lapin, l’opossum et le tamia, l’écureuil et le campagnol, la souris à pattes blanches et la musaraigne… » Puis au fil de la lecture, du déboisement, c’est tout ce qui vole, tout ce qui nage et tout ce qui rampe, sauf les serpents qui tuent les bûcherons, qui disparait de la vallée. Et la nouvelle finit sur la chute, une seule et courte phrase terrible. À l’heure du réchauffement climatique, du déboisement de L’Amazonie et de l’effondrement de la biodiversité, cette nouvelle à une résonnance particulière.

Bien noires sont également les nouvelles suivantes, particulièrement Les voisins qui expose une situation où, comme le scorpion entouré par le feu, on est coincé, amené à une destruction et Le Baptême. Mais, elles sont toutes à citer et peut être un peu plus souriante, espiègle, la dernière : Leurs yeux anciens et brillants. Un recueil de nouvelles à l’écriture ciselée et aux histoires sombres qui provoquent un choc.

Michel Lansade 
(25/01/23)    



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Noir & polar







Ron  RASH, Plus bas dans la vallée
Gallimard / La Noire

240 pages - 19

Version numérique
13,99



Traduit de l’anglais
(États-Unis) par
Isabelle REINHAREZ





Ron Rash
né en Caroline du Sud en 1953, est romancier, poète et nouvelliste.


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