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Damien ROGER

Aryennes d’honneur



Construit en de courts chapitres qui alternent les points de vue narratifs, Aryennes d’honneur, est un roman – précise l’auteur – basé sur une vérité historique peu connue de la Seconde Guerre mondiale : la levée de l’obligation par les nazis du port de l‘étoile jaune pour certains Juifs lors de l’Occupation en France.
Un narrateur qui lors des premières pages, encore enfant, dans l’un des très beaux quartiers de la capitale, croise une vieille dame chez laquelle il dérobe, presque malgré lui, une photo. Au dos de celle-ci une dédicace à l’encre violette : « À ma chère Marie-Louise, en souvenir d’une merveilleuse journée, Annie ».
Et si le romanesque s’enclenche, dès années plus tard, par la recherche de l’enfant devenu adulte de l’histoire de cette femme, Damien Roger nous plonge dans l’univers proustien de cette fin du 19e siècle et début du 20e à travers le destin de l’une des grandes familles juives françaises, les Stern.
Créateurs, mécènes, pivots financiers et culturels d’une haute bourgeoisie ouverte au monde, ces familles se sont naturalisées, et par des alliances matrimoniales – courantes à ces époques – ont acquis des titres de noblesse, et des conversions à un catholicisme « de rigueur ».
Les itinéraires de vie de Marie-Louise de Chasseloup-Laubat, sa sœur Lucie de Langlade et leur cousine Suzanne d’Aramon se mêlent à l’Histoire, comme tout un chacun, sauf que ces femmes, ces familles font partie d’un Gotha dont les us et coutumes ne dépareilleraient guère une cour royale : hôtels particuliers dans Paris, domaines, équipages de chasse, personnel… des vies privilégiées, totalement ignorantes de la réalité du monde.
La description de cette vie sociale, où le rituel des jours est marqué par des bals, des chasses, des banquets, des réceptions et tout ce qui a trait à une observance de traditions ancrées dans un passé fastueux, est passionnante à plus d’un titre.
La mise en évidence de l’existence de deux mondes reliés par des relations de travail (serviteur/maître), et de la charité chrétienne au travers des "bonnes œuvres" des épouses.
Et surtout, l’abandon, l’effacement, d’un judaïsme séculaire pour un catholicisme, sinon de circonstance, mais obligatoire dans ces alliances concertées. Ce qui, curieusement, ne s’oppose en rien à une réelle ferveur religieuse chez les trois personnages féminins.
Si le monde, l’Europe glissent vers la guerre, si les régimes totalitaires se bâtissent sur des crises politiques et économiques sans précédents, si le fossé entre la pauvreté industrielle, paysanne sociale et les classes dirigeantes, se fait chaque jour plus grand, chaque faction est entraînée dans une lutte distincte : le grand capital pour les uns, le communisme rouge pour les autres. Sans percevoir le véritable danger qui les plongera dans une confrontation qui redessinera le monde.
Et de tout cela, de ces mouvements si faciles à analyser a posteriori, mais dont les indicateurs apparaissaient cruellement dès les premières heures, Marie-Louise, Lucie et Suzanne ne s’en apercevront guère, ou bien trop tard : françaises, catholiques, riches et amies du "héros de Verdun", Philippe Pétain, et de son épouse, Annie ; qui aurait pu imaginer un tel revirement du destin ?
Il serait bien dommage de révéler plus de détails de ces Aryennes d’honneur dont Damien Roger nous relate la vie dans un style flamboyant, où son intelligence et sa finesse nous font réfléchir, puis nous aventurer dans un questionnement historique, religieux et politique aujourd’hui essentiel.

Marie Louise D’Orcisto 
(06/03/23)    



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Lectures







 Damien  ROGER, Aryennes d’honneur
Privat

(Février 2023)
320 pages - 22,90













Damien Roger,
né en 1987, est énarque
et haut fonctionnaire au Ministère de la Culture. Aryennes d’honneur
est son premier roman.