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Juan SASTURAIN


Le dernier Hammett


Quand un auteur devient le personnage d’un autre… C’est ce qui se passe avec Dashiell Hammett mis en scène ici dans une aventure pleine de rebondissements (y compris au sens propre sur le capot d’une voiture !).
Juan Sasturain, dans sa préface, précise ce que ce livre n’est pas. « Avant d'entreprendre la lecture, quelques éclaircissements préalables. Premièrement, ce récit n'est pas une biographie mais un roman, une histoire inventée qui prend appui aussi impunément que librement sur des textes, des évènements, des lieux, des circonstances et des personnes réelles, mais seulement dans le but d'élaborer sur cette base d'invérifiables péripéties. Ainsi, bien qu'aspirant à la vraisemblance, ce roman n'a pas la moindre prétention à la véracité… »
Ce livre est un vrai polar et un superbe jeu d’écriture concocté par un fin connaisseur de l’œuvre et de la vie de l’auteur du Faucon maltais. L’ambiance est parfaitement rendue, on accompagne Hammett avec plaisir et émotion, dans les dernières années de sa vie, poussé par un ami à écrire un dernier roman qui restera inachevé.

Le livre commence avec les funérailles de l’écrivain puis, revenant une dizaine d’années en arrière, Juan Sasturain reprend le début de Tulip, le dernier roman de Dashiell Hammett laissé inachevé. Pop, le narrateur de Tulip, est devenu ici Hammett lui-même.

Après son passage devant la commission des activités antiaméricaines instaurée par le sénateur McCarthy pour lutter contre le communisme, Hammett a effectué six mois de prison sans révéler les informations qu’il détenait sur les administrateurs du fonds de cautionnement du Congrès des droits civiques de New York.
Pour se remettre de cette épreuve, il séjourne dans la maison de campagne d’un couple d’amis, les Iron, où il aimerait simplement se reposer et regarder vivre les animaux. Il s’entend bien avec Tony, le fils des Iron, et lui raconte des souvenirs, comme ses hospitalisations pour tuberculose où il continuait à faire les quatre cents coups avec d’autres malades.
Mais voilà que débarque Tulip, un homme qu’il connaît bien, avec qui il a participé à la guerre des Aléoutiennes en 42-43 contre des troupes japonaises. Tulip est persuadé d’avoir vécu des aventures passionnantes et voudrait qu’Hammett en fasse un roman puisqu’il semble ne plus savoir sur quoi écrire. Ils échangent des propos très vifs sur l’écriture et la notion de sujet en littérature.
« Où tu as vu que les écrivains ont besoin de sujets pour écrire, ou qu'ils en cherchent ? Le problème, c'est d'organiser ses idées, pas d'en trouver. La plupart des écrivains que je connais ont trop de matière, plus d'histoires qu'ils ne pourront jamais en écrire. […] Toi, tu es du genre à croire que tu as beaucoup de choses à raconter, beaucoup à dire. Mais ce n'est pas suffisant. C'est pas comme ça que ça se passe : pour écrire, il faut avoir quelque chose à… écrire. »

Après ce début polémique entre Hammett et Tulip, Juan Sasturain entraîne ses personnages (et ses lecteurs) dans une suite d’aventures dignes des nouvelles de Dashiell Hammett où plusieurs histoires sont imbriquées. Un mystérieux admirateur de Hammett lui propose un manuscrit où l’on retrouve le détective Sam Spade. Le FBI recherche la liste des noms qu’Hammett n’a pas voulu révéler à la commission des activités antiaméricaines. Tulip est recherché par la police pour un délit de fuite après avoir renversé un cycliste. Les amis chez qui il réside se déchirent sur fond d’alcool, de violentes disputes et de difficultés de création artistique pour Gus qui est peintre. Hammet se trouve au cœur de toutes ces histoires qui s’entremêlent autour de lui.

Les passionnés de romans noirs se régaleront de toutes ces aventures avec des personnages et une atmosphère magnifiquement recréés dans l’esprit « hard-boiled » (histoires de durs à cuire) et les fidèles de Hammett y retrouveront beaucoup de références, dans les intrigues, les personnages et les ambiances, à toutes ses œuvres, ses cinq polars et la soixantaine de nouvelles parues dans des revues… Ce roman est à la fois un bel hommage à Hammett et une façon originale de se familiariser avec son univers pour ceux qui le connaîtraient peu ou seulement par Humphrey Bogart dans le rôle Sam Spade. Hammett c’est bien plus que ça et Juan Sasturain en fait ici une très belle démonstration.

Serge Cabrol 
(06/02/23)    



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Noir & polar







Juan SASTURAIN, Le dernier Hammett
Gallimard / La Noire

768 pages - 25

Version numérique
17,99



Traduit de l'espagnol
(Argentine) par
Sébastien Rutés















Juan Sasturain,
né en Argentine en 1945, écrivain, journaliste et scénariste de bandes dessinées, est le nouveau directeur de la Bibliothèque Nationale d’Argentine.
Le dernier Hammett
est son quatrième roman noir chez Gallimard.