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Larissa THEULE & Rebecca GREEN


Kafka et la poupée


Cet album est délicieux tant sur le fond que sur la forme.
Il s’agit d’une histoire tirée d’une anecdote racontée par la compagne de Kafka, Dora Diamant à l’époque où ils vivaient tous deux à Berlin à l’automne 1923.
Quand Franz Kafka rencontre la petite Irma en pleurs dans le parc,  il n’hésite pas à aller vers elle et à trouver le moyen de la consoler. « Ta Soupsy n’est pas perdue mais elle est partie en voyage, comme le font souvent les poupées. Elle t’a écrit une lettre. » Pour que l’invraisemblable devienne réalité, les lettres vont se multiplier.
Cette lettre et toutes les suivantes vont rassurer Irma sur la fidélité de sa poupée qui termine ses lettres par « Tu es toujours dans mon cœur. »  Elles vont aussi permettre à Irma de voyager, d’alimenter son goût de l’aventure, d’imaginer des paysages pleins de poésie, de découvrir le monde, de croiser Gaudi à Barcelone, de grimper sur les pyramides d’Egypte.

Alors que les lettres se font plus courtes, Kafka tousse et devient de plus en plus pâle. Irma comprend, comme seuls les enfants peuvent le faire, que cette lettre sera la dernière. Une admirable métaphore de la mort puisque la poupée part en « expédition vers les confins désolés de l’Antarctique. Le voyage sera long et ardu.[…] Je crains qu’il soit impossible de t’écrire. »
 Irma confie à Kafka son désir de voyager à son tour. Kafka lui offre un carnet pour garder une trace de ses aventures.

Les illustrations de Rebecca Green ont la fraîcheur des dessins d’enfant coloriés à la gouache et aux crayons de couleur. Un indice permet de distinguer les images en rapport avec les voyages de Soupsy de celles du récit à Berlin. Celles qui se situent dans le parc contiennent toujours un petit oiseau, alors que celles des voyages contiennent un motif de lignes courbes concentriques comme des vagues dans la mer ou des nuages dans le ciel ou des chemins au sommet des montagnes.

Cet album est un petit chef d’œuvre car il offre à l’enfant à la fois l’assurance d’un amour sincère, même s’il est imaginaire, et l’envie de voyage et d’aventure. Il valorise la correspondance et le respect que les adultes doivent aux enfants. Jamais Kafka ne laisse paraître qu’il connaît le contenu des lettres, c’est Irma qui lui raconte ce que sa poupée lui a écrit. Et cette aventure fait grandir Irma qui l’exprime avec tristesse « Tout en moi grandit. Maman dit que j’ai besoin de nouvelles chaussures. »
Tandis qu’Irma grandit, Kafka regarde ses propres chaussures « Celles-ci tiendront », puis il sort son mouchoir et Irma lui dit « Mon grand-père toussait aussi. Ça ne s’est jamais arrêté. » Quelle délicatesse pour aborder, sans insister, la marche du temps, la succession des générations.

Nadine Dutier 
(24/04/23)    



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Jeunesse






Larissa THEULE &  Rebecca GREEN, Kafka et la poupée
Éditions des Éléphants

(Février 2023)
Format 21 x 26 cm
40 pages - 14,50


Traduit de l’anglais
par Ilona Meyer
et Caroline Drouault




Texte

Larissa Theule




Illustrations

Rebecca Green