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Tonino BENACQUISTA

Un contrat



L’affiche qualifie la pièce, Un contrat de Tonino Benacquista, de « polar psychanalytique ». Elle présente une partie d’échecs qui n’a rien d’un jeu, mais tout d’une menace de mort.
Le ton est donné !

Au lever de rideau, une musique de jazz, de celles qui accompagnent les bons vieux polars, amorce le suspense.
Le spectateur assiste alors à un huis clos, qui va le tenir en haleine de bout en bout.

Les premières amours de Tonino Benacquista, auteur chevronné et couronné, furent les romans noirs. Il diversifia ensuite sa création littéraire, mais quel que soit le genre qu’il aborde, sa production est toujours imprégnée de sa profonde et subtile connaissance de l'âme humaine.
Cette pièce en atteste parfaitement. L’intrigue ouvre un champ de réflexion et d’introspection qui fait la part belle aux considérations humanistes. La psychologie, bien-sûr, mais la philosophie, la déontologie et l’éthique y sont aussi mêlées.

Un homme se rend chez un psychiatre pour tenter d’apaiser ses insupportables crises d’angoisse. Crises qui, nous l’apprenons petit à petit, peuvent lui être fatales. Le thérapeute, renommé pour son extrême compétence, réagit tout d’abord en professionnel exemplaire.
Et puis, plus rien ne se passe comme il se devrait.
Le colloque singulier tourne à la confrontation, qui vire au duel.
La PEUR est omniprésente.

Le cossu cabinet se transforme en ring sur lequel les boxeurs distribuent et reçoivent, dans une régulière alternance, coups et chaos. Chaque protagoniste passe, étonnamment, du statut de victime au statut de bourreau. Le non-dit est de rigueur, tous les repères volent en éclat.

Surtout ceux du spectateur !
Désarçonné par les silences de l’un et les secrets de l’autre, livré à sa seule sagacité, il ne peut qu’échafauder les théories les plus audacieuses, les plus effrayantes, les plus jubilatoires aussi... n’oublions pas que nous sommes venus assister à une énigme ! Nous aimons cela, nous en redemandons, et nous recevons même en prime de l’humour... noir, polar oblige !

Stanislas Rosemin propose une mise en scène très sobre, choix efficace qui exalte le jeu des comédiens.
Patrick Seminor et Olivier Douau incarnent magistralement leurs personnages. Ils restituent avec talent l’intensité dramatique de la pièce. Ils font vibrer sa cohorte d’émotions, de tensions, d’interrogations. Ils distillent avec brio les réponses, messages forts délivrés par l’auteur.
Leur jeu est si pertinent que l’angoisse des personnages et ses manifestations sont rendues palpables dans la salle. Ils créent un rythme pulsatile... Ont-ils le cœur qui s’emballe, le souffle court, nous retenons le nôtre !

Économes en paroles quand c’est nécessaire, leurs mimiques prennent le relais.
Violents quand il le faut, leur impatience à voir le « traitement » agir et la paix régner à nouveau au sein de ce cabinet devient la nôtre.
Nous nous sommes d’ailleurs laissé dire (et l’avons constaté) qu’ils étaient régulièrement félicités par d’authentiques psychiatres et thérapeutes pour la justesse et la finesse de leur performance !

Alors, même si le jeu de mot est facile, nous ne résisterons pas à conclure ce compte-rendu en vous recommandant vivement de vous rendre au superbe théâtre du Gymnase pour assister à ce Contrat si brillamment exécuté !

Catherine Arvel 
(17/01/20)    



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Une loge
pour le strapontin













Théâtre du Gymnase

38, bd de Bonne-Nouvelle
75010 Paris

Location :
01 42 46 79 79




Mise en scène
Stanislas Rosemin

Avec
Patrick Seminor
Olivier Douau

Lumière
David Ripon














Gallimard

96 pages - 9.65