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Fernando ARRABAL


La lettre à Franco

Il est essentiel de dénoncer le fascisme ce qu'interprète majestueusement Frédéric Rubio avec les mots de Fernando Arrabal. Nous frissonnons en entendant cette lettre envoyée au dictateur Franco. En effet, Fernando Arrabal, né en 1936, écrit cette lettre au Général Franco en l'interpelant : « Excellence, Excellence, je vous écris car vous êtes l'homme qui m'a causé le plus de mal dans ma vie. »
La pièce démarre avec une lumière sous un drap installé sous un lit en entendant une musique espagnole et un visage apparaît peu à peu dans le silence avant de commencer à parler.

Arrabal ne sait pas si sa lettre arrivera à son destinataire mais il lui semble indispensable d'écrire. Il n'éprouve pas de haine mais aimerait comprendre comment un homme peut faire souffrir autant de personnes. En fait, il considère que le dictateur doit souffrir lui-même pour générer autant de malheur autour de lui.    
Il aimerait tant qu'il soit heureux pour donner du bonheur et non de la souffrance, de la haine, de la peur, du désespoir.
Tout au long de la lettre, Arrabal souhaite que Franco réalise tout le mal qu'il a généré alors qu’il disait vouloir protéger la République qui glissait vers l'anarchie et la barbarie et justifier ainsi son coup d'état.
Beaucoup d'horreurs sont exposées au fil de la pièce et l'émotion est parfaitement rendue par Frédéric Rubio.

Le lien entre le fascisme et la religion est bien montré. Le texte montre aussi la manipulation des esprits déjà auprès des enfants, la peur auprès des adultes, les pressions réalisées dans la vie de chacun car il est impossible de s'opposer au dictateur sous peine de perdre son emploi, la peur d'être fiché. Tout le monde se surveillait, il fallait aller à l'église régulièrement, aller voter avec le bulletin « oui » en évidence pour ne pas avoir de problèmes.
Nous découvrons aussi les procès mascarades qui condamnent à la prison pour 20, 30 ans, à vie et les condamnations à mort avec des justifications plus que douteuses.
La pièce montre toutes les vies qui ont été brisées, les rêves écrabouillés à cause de l'absurdité d'un régime autoritaire, les conditions terribles dans les prisons. Il y a aussi toutes celles et tous ceux qui ont eu le courage de s'opposer et de dire non au prix de leur liberté ou de leur vie.

Nous parcourons la vie de Fernando Arrabal dont le père a été arrêté en 1941, condamné à 30 ans de prison, emprisonné et disparu après s'être échappé en pyjama de sa prison. C'est une souffrance terrible pour Arrabal qui a été privé de son père et dont le seul souvenir est quand il était tout jeune sur la plage quand son père enterrait ses pieds sous le sable. Il a transformé son père en figure mystérieuse.

Il est primordial de mettre en scène des textes tel que celui d'Arrabal dans une période où il entre malheureusement terriblement en écho avec une montée d'idées qui banalisent l'intolérance, la haine, le racisme, la remise en question des droits humains et de l'état de droit.

La mise en scène de Jérémy Lemaire est parfaitement adaptée et efficace pour mettre en valeur la force du texte. Un lit évolue au fil de la pièce pour se transformer en tribunal, en fenêtre, en frontière, en bateau... avec une alternance de musique espagnole créée par Jérémy Lemaire. Un jeu d'échecs représente les vies brisées.

Frédéric Rubio joue parfaitement et porte magnifiquement le texte d'Arrabal, avec une multitude d'émotions, dans ce seul en scène qui nous bouleverse et ravive notre désir de se mobiliser contre toutes formes de fascisme et d'intolérance qui malheureusement arrivent plus insidieusement et plus vite que l'on pense.
Un spectacle à voir absolument car le peuple est puissant et les dictateurs ne sont que des tigres de papiers qui avant de tomber brisent de nombreuses vies. Les combattre sans relâche est indispensable. Le théâtre est présent pour mettre à l'honneur des textes puissants.

Brigitte Aubonnet 
(09/02/26)    



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L'Épée de bois

Cartoucherie
Route du Champ
de Manœuvre
75012 Paris

Jusqu'au
15 février 2026






Texte
Fernando Arrabal

Interprétation
Frédéric Rubio

Mise en scène 
Jérémy Lemaire

Son et lumières
Félix Cantero








Fernando Arrabal


Bio-bibliographie
sur son site :
arrabalfernando.com