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Sabine TAMISIER


Malou Hibiscus Flamant


Voilà une pièce sur un sujet grave et peu connu, l’alcoolisation fœtale, les lésions irréversibles provoquées par la consommation d’alcool pendant la grossesse. Un texte vif, émouvant où une adolescente prend conscience de sa « différence » et en découvre la cause. C’est important de savoir d’où viennent ses difficultés, de comprendre qu’elle n’est pas responsable de tout ce qu’on lui reproche depuis la petite enfance mais ça n’empêche pas la colère…

Malou a quinze ans et, dès la première scène, elle revient sur cette impossibilité, dès les premières années, de se conduire « normalement ».
« Au début j'étais presque une fille comme les autres.
C'est vers l'âge de deux ans que ça a commencé à se corser. Pas foutue de mettre un pied devant l'autre. Sur mes fesses j'avançais ! Et les ronds, les carrés, les jeux, vous savez ? Je voyais bien que le carré rouge devait entrer dans le trou carré, mais non ! Je m'acharnais sur le rond et y a rien qui rentrait et alors je pleurais, je braillais, parce que, faut vous dire, je savais même pas encore causer, aligner quelques mots en une phrase, et fallait bien que je m'exprime, que ça sorte d'une manière ou d'une autre toute cette rage ! Alors j'envoyais tout valser, je courais me jeter dans les bras de ma mère, je la mordais… »
Avec les années ça ne s’est pas arrangé. À l’école, on la traite de feignante, de paresseuses, on lui reproche de trop parler.
« Tout l'temps, j'y étais au piquet. Me sentais mal aimée, rejetée. J'y pouvais rien moi, je faisais toujours de mon mieux ! On me croyait pas. Au piquet. À l'écart. […]
C'est pas juste, c'est pas moi, pas ma faute si j'y arrive pas !
Ils font que de fouiller dans leurs trousses et bouger sur leurs chaises et tourner les pages des livres, découper des machins ! Y a leurs montres qui tictaquent, j'en peux plus, j'entends rien, c'est trop de bruit !
Baisse mes oreilles, maîtresse ! Baisse mes oreilles, j'avais envie de crier ! »

Heureusement, elle rencontre un garçon, Sullivan, qui cherche à la comprendre et à l’aider. Leurs dialogues sont souvent tendres mais parfois houleux. Elle a du mal à accepter l’idée d’avoir besoin d’aide.

En alternance, Marie, la mère, exprime son désarroi devant la souffrance de sa petite fille. Sur les conseils d’une amie Sylvie, elle a consulté une pédiatre qui a fait le lien avec la consommation d’alcool. Quand elle a été enceinte, c’était l’été, les vacances avec son mari et des amis, les apéros quotidiens et même une cuite mémorable. Elle n’a appris sa grossesse qu’au retour au bout d’un mois et demi, et là, il y a eu le mariage et l’alcool a encore coulé à flots.
« Certains étaient venus de loin et on les hébergeait.
J'aurais voulu du calme, une bonne hygiène de vie.
J'allais être maman, c'était un événement !
Ma parole, s'en foutaient. Tous, ils m'encourageaient.
– Déride-toi la Marie, c'est pas une petite bière ou un bon verre de rouge qui vont te mettre minable ! Tranquille ! T'accoucheras pas d'un monstre ! Sûr que non ! La gueuze, c'est bon pour les montées de lait !
Ils riaient. Tous.
Moi, me laissais entraîner.
L'automne est arrivé et j'ai continué. »

Quand elle en parle à son mari, il lui reproche d’avoir bu pendant la grossesse et d’être responsable de l’état de sa fille. Personne ne la forçait…

Et puis un jour Marie a emmené Malou chez une neuropédiatre qui a mis des mots sur l’origine des dysfonctionnements. La première réaction de l’adolescente a été la colère, la haine, contre sa mère, son père et l’alcool. Elle devient « un iceberg », froide, distante, mutique.

Il va falloir du temps et plusieurs scènes pour qu’une reconstruction familiale soit possible…

Sabine Tamisier réussit là un très beau texte, plein d’émotion et de colère qui ne peut laisser aucun public indifférent, un bon outil de prévention qui devrait convaincre tous les futurs parents d’oublier totalement l’alcool pendant au moins neuf mois et plus si possible.

La pièce est précédée d’une préface de Catherine Metelski, présidente de l’association Vivre avec le SAF, qui rappelle la genèse de ce texte. Mère adoptive d’un enfant atteint de ce syndrome, c’est elle qui a demandé à Sabine Tamisier d’apporter sa pierre à l’édifice en écrivant cette pièce.

En fin d’ouvrage, un dossier d’une quinzaine de pages apporte des éléments de réflexion et d’information, ainsi que des pistes pour utiliser ce texte dans un travail de sensibilisation des jeunes aux TSAF (Troubles du Spectre de l’Alcoolisation Fœtale) et aux dangers de la consommation d’alcool.

L’ensemble constitue un livre précieux et salutaire à mettre entre toutes les mains et faire connaître autour de soi.

Serge Cabrol 
(12/11/22)      



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Théâtre








Théâtrales Jeunesse

(Octobre 2022)
84 pages - 9














Sabine Tamisier




Bio-bibliographie
sur son site :
sabinetamisier.com








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Vivre avec le SAF :
vivreaveclesaf.fr