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Éloïse COHEN DE TIMARY


Babylone Underground



Le syndrome de la trentaine

Si vous êtes un journaliste talentueux, né dans les années 80, actuellement rédacteur en chef d’un magazine tendance, vous êtes probablement l’auteur de Babylone Underground.

Un vent souffle sur la création littéraire contemporaine. Certains jeunes talents en vogue ont la singulière particularité d’être interchangeables. Profils identiques, premiers romans remarqués, schémas d’écriture classiques : be smart, be funny, be cool. De cette tendance s’échappe par miracle Éloïse Cohen de Timary, une autre journaliste-trentenaire-rédactrice en chef. Babylone Underground déroge à la règle du "premier roman intelligent mais raté". Il est exceptionnel. Explications.

On est trop sérieux quand on écrit son premier roman. Difficile d’éviter les écueils (le trop en faire, les références à tout-va) et de rester en retrait. Éloïse Cohen de Timary y arrive et brille par sa modestie. En voilà une qui ne se regarde pas écrire ! On respire ! Pas besoin de faire la maligne ni d’épater la galerie. L’auteure livre un récit rocambolesque et intelligent, en toute simplicité (apparente). L’histoire, pourtant tirée de faits réels, ressemble à un scénario d’Almodóvar. Un homme se fait passer pour mort afin d’échapper à ses dettes colossales. Il laisse derrière lui sa garce de femme et son quotidien morose. Installé à Buenos Aires, il commence une nouvelle vie sous le nom de Marguerite Schwartz et se lie d’amitié avec une bande de transsexuels. Parmi eux, Pepita Dollar, Ezra Yankelowitz, Maggy d’Anvers… des personnages aux noms romanesques et à la féminité exacerbée. Beauté imparfaite très Rossy de Palma "ses lèvres étaient couvertes d’un rouge si épais qu’il imprimait son haleine d’une féminité fatale", destins meurtris épris de galères, du "Tout (craché) sur ma mère".

Femme forte, née avec un pénis, cherche lecteur averti pour dominer le récit. C’est chose faite ! La règle est simple : tout oser pour être heureux, quitte à le payer de sa vie. Son corps lui appartient totalement, elle le façonne à son image. Libre et décomplexée, elle choisit son genre et son identité. Vous avez dit libre ? Oui ! Babylone Underground est certes une réflexion sur le genre et l’identité. Le thème a d’ailleurs son petit succès (phénomène Christine and the Queens, le dernier Philippe Djian Chéri-Chéri, etc.). Mais c’est avant tout une ode hissée à la liberté. Celle de choisir sa vie et d’en faire ce que l’on veut. L’essentiel est d’être heureux comme on l’entend.

Éloïse Cohen de Timary pulvérise les cases pré-remplies. Drôle et fantasque, Babylone Underground a la qualité de ne pas être moralisateur. Sans jugement ni réponse toute faite, le courage prend parti, par-delà le bien et le mal. « Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais » clame Xavier Dolan à Cannes. Babylone Underground en est la preuve la plus rayonnante.

Jeanne de Bascher 
(26/02/15)    



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Lectures








Serge Safran

(Janvier 2015)
222 pages - 16







Éloïse Cohen de Timary
est née à Paris en 1982. Babylone Underground
est son premier roman.




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Éloïse Cohen de Timary