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Catherine GRIVE


La plus grande chance de ma vie



« Personne ne peut s’attendre à ça un jour, personne n’y est préparé. »
Désolé de dévoiler ici le sujet de ce livre que l’auteur amène peu à peu, par allusions, au prix d’un suspense bien construit, pour ne révéler le lourd secret qu’à la moitié du roman mais cet article s’adresse plus aux adultes prescripteurs (parents, bibliothécaires...) qu’aux futurs lecteurs eux-mêmes et je crois que ce court roman mérite justement d’être largement conseillé à tous les ados qui s’interrogent sur les liens qui les unissent à leurs parents.

En lisant ce roman, on ne peut s’empêcher de penser au film d’Etienne Chatiliez, La vie est un long fleuve tranquille, avec l’échange des bébés par une infirmière à la naissance. Mais si le film insistait, avec humour, sur le décalage social et culturel entre les deux familles, il s’agit plus ici du problème affectif que pose ce genre de drame. La narratrice, Juliette, a treize ans quand elle se retrouve au cœur de ce maelstrom aussi brutal que déstabilisant.

Pendant la première moitié du livre, le doute porte seulement sur la relation avec le père. Autant Juliette ressemble à sa mère en tous points et s’entend merveilleusement avec elle, autant le courant passe mal et n’a jamais passé entre la fille et son père.
« C'est vrai qu'on ne se comprend pas toujours, lui et moi.
C'est comme si les mots n'avaient pas le même sens. Par exemple, pour moi "brûlé", ça veut dire la tartine marron sur les bords, pour lui ça veut dire la tartine complètement noire, carbonisée, ratatinée. "Tout de suite" ça veut dire "maintenant" et pour lui, ça veut dire "quand je pourrai". "Câlin" pour moi ça veut dire "se serrer très longtemps" et pour lui, ça veut dire "bisou sur le front". À croire, comme il dit souvent, que je ne suis pas sa fille. La première fois que je l'ai entendu dire ça, j'étais petite, je n'avais pas compris qu'il plaisantait. J'avais pleuré. Papa et maman m'avaient consolée, rassurée. On en avait bien ri après, tous les trois. »

Le problème est que maintenant, c’est la relation entre les deux parents qui devient très tendue. Disputes, larmes, portes qui claquent, séparation... Mais le divorce entraîne son cortège de problèmes matériels et de batailles juridiques. Le père, pour réduire sa pension alimentaire, prétend que Juliette n’est pas sa fille. Le test ADN va ouvrir un gouffre que personne n’avait imaginé. La vie n’est pas un long fleuve tranquille...

Pour Juliette, c’est sa confiance en la réalité des choses qui s’effondre, son rapport au monde qui en est totalement modifié. Pour les parents, c’est l’incompréhension et la colère. Comment chacun va-t-il réagir ? Quelle sera la suite de la vie pour cette famille déjà fragilisée ? C’est l’enjeu de la deuxième moitié du livre et on ne le lâche pas avant la fin.
Un véritable « page turner » qui ramène à toutes les questions que beaucoup d’enfants se posent. Suis-je vraiment l’enfant de mes parents ? Et quels parents je préfèrerais avoir à la place des miens ? Et au-delà, pour les enfants adoptés ou de familles recomposées, quel est le lien qui unit vraiment une famille ? Quelle est la place du biologique et de l’affectif ?
Avec autant de questions, nul doute que ce livre puisse toucher beaucoup de jeunes lecteurs. Encore faut-il qu’on le leur conseille et qu’on le mette à leur disposition. Parents, bibliothécaires, libraires, n’hésitez surtout pas, ce roman émouvant mais plein d’humour et d’optimisme le mérite amplement !

Serge Cabrol 
(13/01/17)    



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Jeunesse







Rouergue

(Février 2017)
Collection doado
144 pages - 10,70





Catherine Grive,
née à Toronto, arrivée
en France à quatre ans,
a déjà publié une
vingtaine de livres.

Bio-bibliographie
sur sa page de
la Maison des écrivains
et de la littérature






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