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Pascal QUIGNARD

Dans ce jardin qu’on aimait



Il faut chercher ses mots pour parler du dernier livre de Pascal Quignard. D’une certaine manière, il faudrait pouvoir en parler en se taisant. Car après avoir lu les mots de l’auteur, tous les autres paraissent bien ternes.

Avec Dans ce jardin qu’on aimait, on est au centre de l’amour. Un pasteur a trop aimé son épouse. L’épouse a mal aimé son mari. Une fille est née de cette union, venant au monde tout en retirant la vie à sa mère, la femme trop aimée. Le pasteur a alors mal aimé son enfant. Mais l’enfant a tant aimé son père qu’elle lui a tout donné.

Dans ces chassés-croisés, la tristesse s’insinue. Celle des trois êtres mais aussi celle de l’auteur, qui annonce d’emblée les origines de ce texte : l’hiver et ses nuits  si longues, si lentes qu’il faut les peupler. Dans cette langueur de l’hiver, Pascal Quignard a eu la bonne idée de vouloir revisiter l’existence du pasteur qui a trop aimé.

Il s’appelait Simeon Pease Cheney. De lui, nous avons un livre : La musique des oiseaux. Comme le titre l’indique, le pasteur y évoquait le chant des oiseaux. Dans son jardin, il les guettait. Puis le musicien qu’il était transcrivait leur mélodie. Dvořák suivra d’ailleurs cet ouvrage pour y écrire son quatuor à cordes n°12. Pascal Quignard, lui, en a retenu la matière amoureuse, mélancolique.

Il l’a fait en nous offrant un livre mi-récit mi-théâtre. On y découvre en direct la vie réelle du pasteur-musicien, dont l’on saisit peu à peu toute la complexité, complexité de l’homme d’église, de l’époux et du père. Mais on pénètre tout autant dans l’irréel, voyant soudain apparaître l’épouse morte.

C’est cette combinaison réel-irréel qui donne toute sa poésie à Dans ce jardin qu’on aimait. Les mots eux-mêmes semblent aller puiser dans l’iréel pour nommer le réel, comme si tout venait de là, comme si tout existant prenait sa source dans l’inexistant. La vie n’est que l’imaginaire que nous projetons sur elle.

Aussi le pasteur pouvait-il entendre de la musique dans le chant des oiseaux, mais aussi dans des gouttes d’eau, lorsqu’elles tombaient sur un arrosoir. Grâce à Pascal Quignard, on a envie de lire ou de relire Simeon Pease Cheney. Ou de simplement tendre l’oreille vers la branche là-bas…

Isabelle Rossignol 
(26/06/17)    



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Grasset

(Mai 2017)
176 pages - 17,50



Pascal Quignard,
né en 1948, romancier, nouvelliste, essayiste, a publié plusieurs dizaines d’ouvrages et obtenu le prix Goncourt pour
Les Ombres errantes.


Bio-bibliographie
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