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Vladimir de GMELINE


La mer en face

Philippe, ancien reporter, prend conscience que sa vie va mal : il est en instance de séparation de sa compagne et culpabilise parce qu’il pense avoir été un père absent auprès de ses enfants. Il est surtout tenaillé par son passé. En effet, enfant, il allait chez un oncle, un ancien nazi. Et une scène le hante, un groupe de femmes et d’enfants, tournés face à la mer baltique, qui attendent d’être fusillés. Philippe veut avoir la clé de cet épisode pour déterminer l’implication de son oncle dans la shoah. C’est pourquoi il part, fuyant son quotidien, avec un ami, dans cette région, à la recherche de son passé. Le roman démarre lentement, à la façon dont nous hantent des cauchemars.

Mais l’auteur nous a habitués, avec La concordance des temps notamment, à une écriture où la tension monte, crescendo, et où le suspense tient en haleine le lecteur. Si le roman, à la façon d’un road movie, entraîne le narrateur dans une introspection angoissée, caractérisée par un mal de vivre, le récit devient brutalement, à la faveur d’un coup de téléphone, un roman noir où l’intrigue devient le moteur de l’action. Comme un match de hockey où tout s’accélère et où il est parfois difficile de vouloir et pouvoir garder le contrôle des événements : Philippe a en effet un fils, joueur professionnel de hockey, au Canada et celui-ci est en danger… Est-ce à dire qu’il y aurait un lien entre le fils et cet étrange garçon qui, pendant la shoah, regardait la mer Baltique ? Je contemple la mer. Je pense souvent à ce garçon. À son dernier regard, à sa dernière vision. Je voudrais me dire qu’il est avec nous, qu’il sait que nous pensons à lui.  […] J’ai fait ce que j’ai pu. Passé et présent résonnent et donnent en filigrane, une cohérence à l’histoire de Philippe qui se reconstruit, à travers les péripéties

Avec l’histoire de ce personnage, Vladimir de Gmeline rappelle que vivre c’est éclairer son passé pour l’assumer et avancer. Si ce livre est captivant, c’est que le narrateur explore la palette des sentiments d’un homme qui se pense perdu. La leçon de vie, proposée en sourdine, s’adresse à tous : l’impact des événements sur un destin, de la responsabilité ou de la culpabilité sur les choix de vie. Une seconde et le passé vous hantera, un simple appel et vous vous ruerez pour protéger vos enfants dont vous mesurez l’amour à la façon dont vous abandonnez tout pour eux. Vivre le présent, accepter le passé, être utile… La prise de conscience de ce qu’attendent les enfants de leur père et la révélation sur ce qu’est l’essentiel seront salvateurs pour Philippe ; autant de pistes de réflexion pour le lecteur.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(22/10/18)    



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Le Rocher

(Septembre 2018)
424 pages - 19,90




Vladimir de Gmeline
est grand reporter à l'hebdomadaire Marianne. La mer en face est son deuxième roman.



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son premier roman :
La concordance
des temps