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Christophe DONNER

Au clair de la lune


Christophe Donner nous raconte avec humour, verve et précision les vies de Scott de Martinville et Nicéphore Niepce, qui vont, à un moment, se croiser. Deux malheureux inventeurs, l'un du "presque" phonographe, l'autre de la photographie, tous deux, malgré leur passion pour la recherche, leur enthousiasme fou, marqués par la malchance, puisqu'ils seront spoliés de leurs inventions et qu'on ne leur rendra justice que bien après leur mort.

C'est allègrement que nous découvrons l'intimité de ces deux malchanceux sur fond historique mouvementé puisque Niepce va vivre les révolutions de 1789 et 1830, et Édouard celle de 1848 et la Commune de Paris. Ils vont connaître, bien entendu, les formidables retournements engendrés par ces événements et les non moins grandioses bouleversements qu'ils entraînent. Les petites gens que l'on voit vivre et travailler à Paris, Auguste Scott de Martinville qui n'héritera pas de son père, baron ruiné par l'abolition des privilèges, va en effet les rejoindre puisqu'il va se retrouver à 12 ans manutentionnaire chez Louis Courcier « imprimeur-libraire pour les mathématiques » et que son fils, Édouard-Léon, gravira tous les échelons du métier d'imprimeur en poursuivant ses recherches.

Nicéphore Niepce et son frère Claude, enfants gâtés de l'ancien régime, cherchant la gloire dans les années napoléoniennes, vont se retourner vers la science pour devenir célèbres et vont passer leur vie à s’endetter pour leurs recherches : Nicéphore pour « capturer l'image produite par la lumière » et Claude pour construire un hypothétique moteur à explosion.

Claude finira fou, Nicéphore mourra avant de voir Daguerre lui voler la célébrité et son fils Isidore passer sa vie à faire reconnaître l'invention de son père. Édouard-Léon Scott de Martinville saura enregistrer le son (sa voix chantant Au clair de la lune) mais c'est Edison qui saura le reproduire.

On saute avidement d’un personnage à un autre, de leurs tribulations à leurs réussites, de leurs joies à leurs peines, leurs sorts toujours étroitement liés aux événements historiques. C'est passionnant et c’est raconté d'une manière drôlement dramatique et enlevée, en voici un petit extrait :
« Depuis six mois, les réformateurs organisent des banquets gigantesques, sortes de meeting qui ne disent pas leur nom, on y lève des toasts de plus en plus républicains et finalement insurrectionnels. Jusqu'à ce que Guizot, président du Conseil, ait la mauvaise idée d'interdire le banquet du 22 février 1848 à Paris. Du coup, curieusement, les ouvriers, les artisans, les chômeurs, et il y en a des dizaines de milliers à cette époque, les étudiants, bref, tous les pauvres descendent dans la rue pour protester contre la suppression d'un privilège auquel ils n'avaient pas accès, ces banquets étant payants et réservés aux hommes.
L'armée tire sur la foule et c’est parti pour les barricades, la troisième révolution française est en marche […] C'est le printemps des peuples, Lamartine proclame l'avènement de la République, il n'a pas compris que ça ne marchait pas comme ça. Arago fait partie de la bande. Édouard n'en revient pas. Il se sent cerné : Reine-Anne, elle, veut faire élire George Sand à l'assemblée, et obtenir le droit de vote, et l’égalité partout, en toutes choses, pour tous les citoyens et toutes les citoyennes, et surtout elle prétend se battre pour le rétablissement du divorce, interdit depuis 1816 par Louis XVIII. Facile de comprendre en quoi ça l’intéresse. Ce qu'il n'avait pas imaginé ce que cela allait lui briser le cœur.
En attendant que la République autorise le divorce, Édouard accepte de vivre séparés. »

Sylvie Lansade 
(08/10/18)    



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Lectures








Grasset

(Août 2018)
272 pages - 19,50














Christophe Donner,
né à Paris en 1956, est l’auteur d’une trentaine de livres pour les adultes et autant pour la jeunesse.



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