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Ahmed KALOUAZ


Sur le bout de la langue


La langue est l’art d’allier et d’harmoniser les mots pour exprimer la vie. Avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et de respect, nous voyageons au cœur des émotions humaines. Même sur des thèmes douloureux comme la perte des mots chez une vieille dame, le décès d’un être cher, la pauvreté… beaucoup de sensibilité et de beauté émane de l’écriture d’Ahmed Kalouaz. L’amour, l’amitié s’expriment dans l’alliance poétique des mots pour évoquer l’indicible au fil de vingt-trois courtes nouvelles :  

Il n’est jamais facile de vieillir et de perdre l’usage fluide de la parole : « Reconstruire des phrases qui se lézardent. Quand je retrouve le fil, il est trop tard, l'oiseau volette, et j'ai oublié l'enchaînement. C'est venu doucement, comme des clés que l'on égare, des cheveux qui blanchissent. Et l'on se retrouve honteux d'être surpris à chercher ce que l'on veut dire. »

Comment vivre après la perte d’un proche ? « Je fais dix pas vers la rive du lac. J'ai déposé l'urne sur une pierre, ouvert la bouteille. Les verres sont pleins. C'est la fin, nous sommes ensemble. Sans toi, je vais prendre patience. »

Des amis vont vivre une aventure dans la neige : « Je suis mort plusieurs fois, plus ou moins gravement, parfois c'est jour de chance. Mais chaque fois, il faut se remettre en route, avaler des potions, faire le dos rond, le temps que la camarde vous oublie. »

La relation mère-fils n’est pas toujours facile : « Il venait de souffler les bougies d'anniversaire, trouvant qu'il y en avait trop. Mais sa mère depuis toujours tenait à cette tradition, devenue habitude lassante pour lui. Cinquante-cinq ans, elle affirmait que cela faisait un joli chiffre. Joli ou pas, il avait toujours détesté sa mère, elle n'était pas son ennemie, mais il ne l'aimait pas. Peut-être parce qu'elle lui avait volé son air, le confinant en vase clos, comme dans un caisson, toute sa vie. »

Parfois nous découvrons des personnes que nous ne devions pas forcément rencontrer : « Plus tard, lorsque leurs lèvres dansèrent, c'est le sable des grèves qui a gardé la forme du galbe d'une hanche, le dessin en creux, d'une épaule sculptée. Sur les corps endormis, ce fut nuit de fête et bouche à bout de souffle. Une main sur la dune, la langue à l'eau de la fontaine. Le piano pour horloge. »

Le racisme dans les stades de foot est un mal qui malheureusement perdure : « Si je te parle de cette histoire ancienne, c'est que j'ai vu hier à la télé, le malheur d'un joueur noir comme moi, à qui des spectateurs ont lancé des cris de singe pendant un match. Le pauvre a pris le ballon dans ses mains pour arrêter le match, s'est tourné vers les arbitres et les dirigeants, avec l'air de demander de l'aide, d'implorer même, que ces gens aillent saisir l'individu par la veste, le virer du stade. Mais comme d'habitude, le match a repris. »

Voici des tranches de vie avec leurs bonheurs, leurs angoisses, leurs malheurs, leurs quêtes, leurs deuils… qui nous permettent aussi de rêver grâce à l’écriture poétique d’Ahmed Kalouaz qui ouvre les portes de l’espoir.

Brigitte Aubonnet 
(14/10/19)    



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Lectures







Ahmed  KALOUAZ, Sur le bout de la langue
Le mot et le reste

(Août 2019)
128 pages - 13







Ahmed Kalouaz
vit dans le Gard.
Il écrit des nouvelles,
de la poésie, des romans,
du théâttre...



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