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Stéphanie CHAILLOU


Un jour d’été que rien ne distinguait

Être enfant et vivre au cœur d’une famille rongée par l’angoisse du lendemain est vécu très profondément par Stéphanie Chaillou. C’est ce qu’elle évoquait dans ses précédents romans où le père de famille, paysan accablé de dettes, a ressenti sa vie comme un échec terrible puisqu’il n’a pas pu garantir la sécurité de sa famille alors que le système agricole global explique en grande partie toutes ses difficultés. Dans Un jour d’été que rien ne distinguait, Louise, le personnage de Stéphanie Chaillou, perçoit, quand elle est enfant, la tristesse de ses parents due aux problèmes financiers qui envahissent leur quotidien : « La "pauvreté". La "domination". L’"humiliation". Je ne connaissais pas ces mots. J’ignorais la réalité qu’ils désignaient. Cette réalité sociale à laquelle j’assistais malgré moi. J’ignorais ces noms, leur signification. Mais je percevais avec acuité leurs effets sur ma famille, mon quotidien, mes parents. »

Très tôt dans son enfance Louise, comme un double de Stéphanie Chaillou, rencontre une fille imaginaire emplie de désir d’indépendance, qui va la comprendre, l’accompagner dans sa quête de l’autre et la soutenir dans sa révolte. Elle l’aidera à supporter le malheur, la pauvreté qu’elle refuse dans son présent et pour son futur. « Je n'étais plus seule. La fille était là, avec moi, désormais. Je pouvais la voir au beau milieu d'un jeu, d'une phrase ou quand je m'endormais. Il me suffisait de penser à elle. Et elle apparaissait. À tout moment. N'importe quand. Si je le voulais. »

Le personnage de Stéphanie Chaillou se sent rebelle face à ce que l’on voudrait lui imposer. « Louise, ce n’est pas pour toi le foot. […] Cette chose que la maîtresse voulait faire entrer dans mon crâne, moi, je n’en voulais pas. »

Le caractère fort et déterminé de Louise lui permettra de trouver sa propre destinée, sa propre liberté. Elle ne supporte pas que sa condition de fille signifie qu’elle a moins de valeur que les garçons. Elle obtient de bons résultats en classe et veut prouver, à tout prix, qu’il n’y a aucune différence entre les filles et les garçons. « Mais il me semble avoir toujours su que je refuserais. Sans savoir quoi. Quel en serait l'objet. Comme si refuser n'était pas une chose extérieure à moi. Mais était moi d'une certaine façon. Un geste qui me définissait. »

C’est un très beau roman sur la détermination d’une enfant rebelle qui jusqu’à l’âge adulte cherche sa voie et veut s’affirmer dans la reconnaissance de ce qu’elle est vraiment, de ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même.

L’écriture épurée de Stéphanie Chaillou porte ce texte à merveille avec des phrases et des chapitres courts qui disent l’essentiel avec beaucoup de sensibilité, parfois une vérité crue mais toujours beaucoup de respect pour le combat de ces couples de paysans détruits dans l’engrenage d’un système sans pitié.

Brigitte Aubonnet 
(03/04/20)    



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Noir sur Blanc

Collection Notabilia
(Mars 2020)
144 pages - 14

Version numérique
9,99 €




Stéphanie Chaillou
a publié cinq livres
chez Isabelle Sauvage.
Un jour d’été que rien ne distinguait est son quatrième roman.



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