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Thierry LEFÈVRE


Attaques nocturnes




Rue des Chaufourniers, à mi-pente, Victor et Jules s’embusquèrent derrière une palissade entre deux taudis. Tout le quartier était chamboulé par les travaux du jardin des Buttes-Chaumont et ceux des rues Botzaris et Puebla qui le bordaient au nord et au sud. Sur une partie des anciennes carrières, fermées depuis peu, l’empereur Napoléon III avait demandé la création du plus grand parc parisien. Mais, à quelques mois de son inauguration officielle, le jardin avait l’allure d’un beau dessin au milieu d’une toile de misère. Des immeubles poussaient au milieu des gravats, des friches, des masures de chiffonniers et des fours à plâtre.
Pauvres repères dans la brume, les réverbères semblaient de rares jeunes arbres tout juste plantés, isolés au cœur du royaume des ombres. L’obscurité, ici, n’était fendue que par les yeux d’un chat. Victor comprit aussitôt que la fin de la nuit ne serait pas une partie de plaisir.


Victor Hyvert, journaliste et critique dramatique, s’est vu confier par son patron une enquête inhabituelle. Nous sommes en janvier 1867, Paris a récemment absorbé onze communes de sa périphérie (Auteuil, Belleville, Bercy...) pour constituer de nouveaux arrondissements et la police a du mal à assurer la sécurité sur un territoire qui a doublé et comprend un demi-million d’habitants de plus.
Les attaques nocturnes se multiplient et cette nuit encore deux hommes ont été tués. C’est au sujet de ces meurtres que Jean-Eustache Delteil, directeur du quotidien L’Aube de Paris, aimerait en savoir plus. S’agit-il de crimes crapuleux ou d’assassinats politiques ? Le pouvoir n’aurait-il pas intérêt à renforcer une peur collective pour favoriser ses projets de grand nettoyage de la ville ? Eliminer les taudis, exiler les pauvres hors des murs de la capitale, remodeler les voies urbaines, raser pour reconstruire plus riche et plus sûr… Une exposition universelle aura lieu dans trois mois, la sécurité est une priorité…
Pour aider Victor dans ses recherches, Delteil lui a affecté un jeune apprenti de quinze ans, Jules Mercoeur, et c’est cet improbable duo d’enquêteurs que nous suivons au fil du roman.

L’un des morts, transpercé d’un coup de canne épée, est Hippolyte Cingle de Villers, héritier d’une familles de banquiers. L’autre, Louison Chabanais, tué d’un coup d’os de mouton, est un éleveur venu vendre ses bovins à La Villette. A priori, ces deux meurtres sont sans relation mais le flair de Delteil lui conseille de s’en assurer…

Faute de notes de frais, cette double enquête amène nos deux limiers à beaucoup marcher, de jour comme de nuit, dans les rues de Paris, les anciennes carrières et les nouveaux abattoirs de la Villette où d’étranges et patibulaires personnages semblent liés à ces crimes.
Malgré son asthme qui l’oblige a toujours porter sur lui une besace avec son traitement, Victor ne ménage pas sa peine. Même s’il faut passer par l’échaudoir juif où les dames de la haute viennent boire leur verre de sang... Une vache était à terre. Elle avait été égorgée par un sacrificateur muni d'un long couteau à bout carré. De la blessure, le sang achevait de couler, recueilli dans un seau que tenait un autre employé. À un premier seau déjà plein, un troisième garçon boucher emplissait des verres de sang tiède qu'un quatrième distribuait à des visiteurs. Pour la plupart, c'étaient de jeunes femmes au teint pâle venues des quartiers chics, auxquelles leur médecin avait prescrit ce remède pour recouvrer des forces. Ambiance garantie…

Fort heureusement, Victor et Jules sont aussi malins que courageux et ils viendront à bout de leur aventure sans trop de dégâts.

L’écriture de ce roman, qui mêle astucieusement l’histoire et l’aventure, conviendra parfaitement aux ados. Il faut dire que Thierry Lefèvre n’en est pas à son coup d’essai avec une vingtaine de livres pour la jeunesse publiés sous son nom sans compter tous ceux qu’il a écrits mais que d’autres ont signés quand il officiait comme mercenaire de l’écriture.

On espère que Jean-Eustache Delteil, le directeur de L’Aube de Paris, aura encore besoin des services de Victor et Jules lors de l’exposition universelle qui doit se tenir du 1er avril au 3 novembre 1867 sur le Champ-de-Mars, nous offrant ainsi une nouvelle occasion de suivre leurs déambulations dans les rues sombres de Paris.

A la fin du roman, selon le principe de la collection (dirigée par Thierry Lefèvre), une vingtaine de pages sont consacrées à des annexes. Le lecteur y trouvera un lexique de mots aujourd’hui moins usités, une présentation (avec plan) de Paris en 1867, une description des « attaques nocturnes » (forme particulière de vol à main armée commis sur la voie publique) et une liste de petits métiers de Paris… De quoi joindre l’utile à l’agréable. Pourquoi s’en priver ?

Serge Cabrol 
(28/04/09)    



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Jeunesse










Editions Gulf Stream
Collection Courants Noirs
240 pages - 12,50 €








Thierry Lefèvre,
né en 1955, est l'auteur d'une vingtaine de livres, essentiellement
pour la jeunesse.



Thierry Lefèvre écrit avec Béatrice Nicodème les romans de la collection Europa publiés chez Nathan et chroniqués
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Dossier Mørden


Deux morts à Venise

Noirs complots sur Bruxelles



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