Retour à l'accueil du site





John BROWNLOW


L’assassin Eighteen


L’assassin Eighteen vient à la suite du précédent ouvrage de John Brownlow, L'agent Seventeen, sans qu’il soit nécessaire de l’avoir lu au préalable. Pour rappel, l’ordre ordinal constitue un ordre du mérite chez les tueurs professionnels et reflète leur perfection à effectuer leur sale besogne. Ainsi Seventeen succédait à Sixteen qui lui-même venait après Fifteen etc. Se hisser au sommet de la hiérarchie, par ordre de succession, flatte l’amour propre du travail bien fait et reconnu par tous, mais… « Les assassins tels que nous sont au sommet d'un iceberg de mort et de trahison, une variation perverse du star-système hollywoodien, avec ses nababs, ses intermittents et ses stars. Être la tête d'affiche rapporte gros, mais si bon qu'on soit, il y aura toujours un enfoiré avec des étoiles plein les yeux qui essaiera d'escalader le mât de cocagne pour se hisser à notre hauteur, afin de nous faire prendre une retraite définitive. »

Seventeen, le tueur actuellement tête d’affiche, vit retiré du monde, occupant la demeure bunkerisée de son prédécesseur Sixteen. Désœuvré et désabusé, il attend qu’un prétentieux postulant prenne sa place, devienne Eighteen, et ne perde pas de temps à se manifester. Un soir, la tête appuyée contre le vitrage de la fenêtre de la cuisine, il voit un éclair. Cette perception est aussi celle du laps de temps qui lui est laissé pour comprendre qu’il est visé et touché. Il reçoit « pile entre les deux yeux » le choc d’un projectile qui le projette au milieu de la pièce. Ainsi, le maître du jeu du précédent roman, au bout de quelques pages proclame en un court chapitre : « Je suis mort. Fin de partie. »

On sait aussi, depuis le précédent livre, que Seventeen sait tout faire, sorte de couteau suisse de la technologie passée et high-tech d’aujourd’hui, au baratin embobinant qui fait tourner les pages. Dans L’assassin Eighteen, il se surpasse, même la mort glisse sur lui et il se relève à peine abasourdi. Décidé à retrouver qui veut sa peau, il récupère sur le lieu d’où est parti l’éclair une fillette de huit ans. Juste avant, un véhicule a démarré et semble abandonner à son sort la gamine au fusil tenant le canon fumant. Cernée par des loups, elle ne peut pas fuir. Sa vie ne tient qu’à un fil. Seventeen, chevaleresque, la sauve. Qui est-elle ? D’abord rétive, elle avoue se prénommer Mireille, son minois ne lui est pas inconnu, parle français et cache un doudou, un singe chaussette, auquel elle a donné « Un nom que personne ne devrait connaître. Mon défunt nom. La situation vient de passer de mal barrée à super flippante. » Il confie Mireille à une amie, Barb, une dure à cuire revêche, personnage récurrent du volume précédent en qui il a toute confiance.

Notre héros va vite retrouver la trace du conducteur. C’est une femme réfugiée dans un motel, mais morte. « C’est un corps, un sac de chair, un truc mort. » abandonné dans la chambre. Il reconnaît ce corps « Et non seulement je connais son nom, mais aussi les moindres courbes et anfractuosités de son corps. Je connais l'odeur de son haleine et le parfum musqué de sa peau. Je sais aussi les lignes de ses mains collées aux miennes, et ce que je ressens au moment où son souffle s'accélère jusqu'au paroxysme, quand tout son corps s'arc-boute avant de se détendre doucement sous le mien. » Gracious a été la maîtresse de Seventeen. Grâce à quelques documents laissés, il fait le rapprochement avec Mireille. C’est sa fille ! Le tir exécuté avec brio par l’enfant n’avait pas pour motif de l’éliminer mais de l’alerter. Retour chez Barb. Entre temps, elle a reçu la visite de Harkonnen, un tueur d’une autre agence occulte chargée des basses besognes. Celui-ci, un géant impressionnant, a autrefois été très sévèrement malmené par Seventeen. Il laisse Barb pour morte et a enlevé la fillette. Pour Seventeen, il ne s’agit plus d’une course à sa succession mais celle de retrouver Mireille et les raisons de son enlèvement. Pour ce faire, il reprend contact avec un monde qu’il essayait d’oublier et réactive en même temps que ses contacts, ses réflexes de premier de la classe des machines à tuer.

À part l’insertion trompeuse de sa mort, Seventeen enchaîne avec plus ou moins de succès des coups d’éclats. Il se sort d’actions les plus rocambolesques ou, du moins l’auteur, John Brownlow, le sort de ces situations en usant de formes condensées ne nécessitant pas de grandes explications. Apprendre par cœur le plan précis d’un bateau secret avec toutes les subtilités techniques de protection informatiques et de l’I.A., peut se faire en une soirée. Il suffit pour cela d’avoir un « cerveau matheux ». Jouer une partie importante au milieu de trafiquants, la gagner sans éveiller de soupçons dans un casino clandestin ressort « de la chance du débutant ». Plus cocasse encore, Seventeen échappe à un guet-apens en sautant d’un gratte-ciel.
« Si j'ai de la chance, un filet antisuicide tendu juste en dessous arrêtera ma chute et je pourrai regagner l'immeuble et redescendre au rez-de-chaussée, où je disparaîtrai dans la rue.
Mais il n'y a pas de filet antisuicide.
Et je tombe dans le vide. » (p.224)
La chute va durer, s’étale sur plusieurs courts chapitres, quatre exactement, tenant en quelques mots « Je tombe dans le vide ». Entre chacun d’eux, Seventeen n’arrête pas de nous raconter comment lui et Gracious, qui s’est échappée des griffes de Boko Haram, se sont neutralisés lors de l’une de leurs missions respectives. Ils se sont brièvement mais intensément aimés, se sont perdus de vue créant un trait d’union prénommé Mireille. La chute, entre temps finit spectaculairement et nous laisse coi.

            Avec ces atouts en poches, Seventeen doit sauver Mireille, sa fille, éviter un chaos nucléaire et protéger la fille de Sixteen qu’il entraîne dans son odyssée, retrouver un hackeur, jouer au chat et à la souris avec des Russes, la CIA et autres Agences internationales. Le travail d’écriture de John Brownlow est à la limite du parodique mais ne nous laisse pas indifférent. Il a créé un héros archétypal de super héros pourvu de capacités extraordinaires et de multiples identités qui se procure à point nommé tout un arsenal pour contrer ses ennemis. Seventeen évolue dans un univers qui ressemble à ceux des comics à force d’outrances. Et pourtant John Brownlow tisse son histoire à partir d’informations issues de l’histoire contemporaine récente. Ainsi, Boko Haram, mouvement à l’origine de massacres, attentats et menaces terroristes à l’encontre de populations civiles de toutes confessions, ou Stuxnet, un ver informatique conçu pour s’attaquer aux centrifugeuses d’enrichissement d’uranium, sont des menaces ayant figuré dans notre actualité. Même si les aventures de Seventeen prêtent à sourire, l’auteur distille une certaine angoisse en rapport avec notre monde actuel. Sur un fond quelque peu caricatural, John Brownlow avec L’assassin Eighteen éveille notre attention et la maintient.

Michel Martinelli 
(18/03/24)    



Retour
Sommaire
Noir & polar







John BROWNLOW, L’agent Seventeen
Gallimard Série Noire

(Mars 2023)
512 pages - 23 €


Traduit de l'anglais par
Laurent Boscq










John Brownlow,
né en 1964 en Angleterre, a fait des études de lettres à Oxford avant de débuter comme photographe puis réalisateur et scénariste. L’assassin Eighteen est
son deuxième roman.










Retrouver sur notre site
un article concernant
son précédent roman :

L'agent Seventeen