Retour l'accueil du site





Fawaz HUSSAIN


Un Kurde à Ithaque


     Le nouveau livre de Fawaz Hussain est étroitement lié à l’histoire des Kurdes. Le 16 mars 1988, des avions irakiens bombardaient la bourgade de Halabja en Irak, entraînant la mort de cinq mille de ses huit mille habitants en quelques minutes, rappelle Kendal Nezan dans la préface de ce roman, intitulé Un Kurde à Ithaque. Mémoire d’un peuple martyrisé, mémoire d’un narrateur déraciné, mais aussi celle de l’humanité dans son ensemble.... Farhad, le narrateur, vit exilé à Paris, après avoir survécu en 1988 au massacre dont son corps et son cœur porteront à jamais les stigmates. Ses poumons s’essoufflent encore des années après et le souvenir de Chirine, la petite fiancée défunte, reste une plaie béante.

     Le voyage de Farhad en Grèce replace le destin des Kurdes à l’intérieur de l’histoire de l’humanité, en le sortant du silence. Il est aussi le symbole de l’errance du personnage central. Lui et son peuple se retrouvent sur une scène remplie des échos des tragédies antiques.

     Farhad est parti à la recherche de la mythologie grecque, d’Homère et de Cavafy, mais aussi de lui-même. Belle métaphore que de rapprocher le Kurde errant de l’Odyssée, d’Ulysse et des dieux grecs. Nous suivons l’itinéraire du touriste exilé à Paris dans ce qu’il a de plus concret et de plus incarné, avec ses rencontres, le menu de ses repas, les bateaux et les cars. Dans cette Grèce où il voyage par un hiver voilé de brumes et agité de tempêtes, s’entrouvrent tout un passé et une culture, avec les héros du Chah Nameh, grand classique persan des littératures du Moyen-Orient pour contrepoint. Farhad se rappelle à la fois les jours heureux de sa rencontre avec Chirine et les années sombres des geôles où disparaissaient des prisonniers, dont on laissait croire à leurs proches qu’ils étaient encore vivants.

      Ithaque est la terre d’Ulysse, chantée par Homère, et aussi l’île du poème éponyme de Cavafy, où se trouve peut-être le sens de la quête de Farhad en Grèce : Ton but final est d’y parvenir /mais n’écourte pas ton voyage / mieux vaut qu’il dure de longues années / et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, / riche de tout ce que tu as gagné en chemin.

     Le Kurde exilé ne reste pas à Ithaque et prolonge son chemin jusqu’en Iran sur les traces d’Omar Khayyam, encore un autre poète. Sa quête le mène jusqu’à la dernière page du cahier offert à Athènes par Calliope, muse de la Poésie épique. Faute de retrouver Pénélope à Ithaque, comme Ulysse, Farhad rencontre en effet une femme nommée Calliope qui lui fait don avec ce cahier des territoires de l’écriture, où apaiser la blessure inguérissable, la perte de Chirine, assassinée à Halabja en mars 1988. Fawaz Hussain poursuit ainsi jusqu’en Grèce son exploration d’un exil et d’une errance dont de nouvelles facettes se dévoilent ici, au miroir de la mythologie grecque.

Cécile Oumhani 
(12/02/24)    



Retour
Sommaire
Lectures








Zinédi

(Octobre 2023)
252 pages - 20





Fawaz Hussain,
né au nord-est de la Syrie dans une famille kurde, arrive à Paris dans les années 80 afin de poursuivre des études de Lettres à la Sorbonne. Romancier, traducteur et chroniqueur, il est l’auteur d’une vingtaine de livres.



Retrouver sur notre site
son précédent roman :
Un été en vrac