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Maurizio DE GIOVANNI
Rideau pour le commissaire Ricciardi
Nous sommes toujours à Naples, en 1932, et pour cette dixième enquête du commissaire Ricciardi, c’est dans un théâtre qu’un meurtre est commis. Un meurtre, vraiment ? Ou un accident ? Une erreur de manipulation ? Toujours est-il que sur la scène, dans un mélodrame typiquement napolitain, le mari trompé tire au pistolet sur l’amant et sur sa femme. Amour, jalousie, sens de l’honneur, qu’importe. Ce qui est essentiel ce soir-là, c’est que la comédienne ne se relève pas pour saluer à la fin du spectacle. Cette fois-ci, la balle était une vraie, la réalité a dépassé la fiction. Le comédien Michelangelo Gelmi a tué sa femme, à la scène comme à la ville, la très célèbre Fedora Marra. Le pistolet lui appartient, il est le seul à le manipuler et tous les jours, le charger à blanc. Comment une balle réelle a-t-elle pu se trouver là ? L’affaire semble résolue. Tout le public est témoin du drame. Seul Ricciardi n’est pas totalement convaincu. Le comédien nie avoir placé une balle réelle dans le pistolet. Il clame son amour pour sa femme. Le commissaire préfère éviter une conclusion trop hâtive. Il faut dire que le commissaire est un étonnant personnage qui refuse de se satisfaire des évidences. Il faut toujours qu’il creuse, qu’il approfondisse, qu’il cherche la vérité sous les apparences. Et puis il y a ce funeste don qui lui mine la vie. Chaque fois qu’il passe dans un lieu où s’est produite une mort violente, il voit les corps des victimes et entend leurs dernières pensées. Cela rend son existence insupportable. Chaque rue, chaque promenade lui emplit le cerveau de cadavres et de lamentations. Il a hérité cette malédiction de sa mère et tremble à l’idée de la transmettre à une éventuelle descendance, d’où sa réticence à s’engager dans une relation amoureuse susceptible de le conduire à créer une famille. Ce ne sont pourtant pas les prétendantes qui manquent pour séduire ce bel homme aux yeux verts. Enrica, Livia, Bianca… Mais l’enquête sur le crime du théâtre n’est pas la seule intrigue du roman. Maione, le fidèle brigadier qui suit le commissaire comme son ombre, est souvent confronté de son côté à une situation complexe dont il doit démêler l’écheveau. Ici, c’est pour aider le médecin légiste, le docteur Bruno Modo, célibataire libertin, qui voit débarquer dans son hôpital une femme dans un sale état : « Le visage qui lui apparut était horriblement tuméfié. Un œil complètement fermé, l'autre montrait une sclérotique ensanglantée. Une pommette était fracturée et gonflée, de même que la cloison nasale ; la lèvre inférieure, déchirée, saignait. La bouche ouverte faisait un effort douloureux pour aspirer l'air et laissait voir les incisives brisées. |…] Tout à coup, il la reconnut. "Lina ? C'est toi, Lina ? Mais..." Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Elle s'écroula dans ses bras. » Lina est une jeune prostituée qu’il fréquente dans une maison close très sérieuse où il se rend régulièrement. Qui a pu la mettre dans un tel état ? Et pourquoi ? Une jeune femme si douce et appréciée tant par les clients que par la propriétaire et les autres pensionnaires du bordel. Modo en parle au brigadier Maione qui accepte tout de suite de l’aider à faire la lumière sur cette violente agression. Sans en parler au commissaire pour ne pas le perturber dans l’enquête du théâtre surtout que le temps lui est compté. On est le 28 décembre et le dossier doit être bouclé avant le 31. La fin d’année est une période particulière à Naples et, comme dans chaque volume de la série, l’intrigue doit beaucoup à l’atmosphère qui règne dans la ville. « Noël était passé et il restait quelques jours avant Capodanno, le jour de l’an ; on sentait dans l’air un léger flottement rendu plus évident par la température insolite, dû à un sirocco vigoureux, vainqueur momentané de sa bataille contre les vents du nord. » On prépare le réveillon, les rues sont animées, l’ambiance est à l’espoir d’une nouvelle année plus favorable, mais l’agitation de la ville est rapidement enveloppée dans un brouillard tenace qui dissimule le réel et favorise l’imaginaire. Dans cette ouate épaisse, les enquêteurs vont avoir du mal à faire toute la lumière dans leurs sombres histoires. Bien sûr, nous sommes encore en 1932, Mussolini est au pourvoir depuis dix ans, et les tentacules de la pieuvre fasciste s’étendent jusqu’à Naples où Ricciardi est sérieusement dans le collimateur des services secrets. Mais a-t-il vraiment conscience des dangers qui le menacent… Dernier traduit mais pas dernier écrit, nous retrouverons certainement le beau commissaire dans d’autres aventures napolitaines. En attendant, on peut lire ou relire les précédentes rééditées en collection de poche chez rivages.
Serge Cabrol
(26/05/25)
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Sommaire
Noir & polar

Rivages / Noir
(Mai 2025)
320 pages - 22 €
Rivages / Poche
(Mai 2026)
352 pages - 9,50 €
Traduit de l'italien par
Odile ROUSSEAU

Maurizio De Giovanni,
né à Naples en 1958, ancien banquier devenu écrivain, a obtenu de nombreux prix et, en marge de ses romans policiers, a publié plusieurs livres sur l’équipe de football de Naples dont il est supporter
Bio-bibliographie
sur
Wikipédia
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Nocturne pour le commissaire Ricciardi

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