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Samir MACHADO DE MACHADO

Le crime du bon nazi



Hercule Poirot chez les nazis. Ce pourrait être le titre d’un roman d’Agatha Christie avec un crime commis dans un lieu clos pendant un voyage. Mais ici pas d’Orient-express ou de bateau à vapeur sur le Nil, nous sommes à bord d’un dirigeable dans le ciel brésilien entre Recife et Rio de Janeiro. Le détective n’est pas belge, c’est un policier allemand, Bruno Brückner, qui doit mener l’enquête.

En 1933, il n’y a pas encore d’avions de ligne qui traversent l’Atlantique mais pour ceux qui veulent éviter le voyage en paquebot, il y a les Zeppelin qui assurent des rotations régulières entre l’Europe et l’Amérique. Plus d’une centaine de dirigeables de cette compagnie ont parcouru des millions de kilomètres sans incidents y compris un tour du monde en 1929, mais l’incendie de l’Hindenburg en 1937 met fin à cette grande aventure et Göring ordonne la destruction des dirigeables pour fournir de l’aluminium à l'industrie militaire.

Pour le moment, nous sommes en 1933, à bord du LZ 127 Graf Zeppelin, piloté par Hugo Eckener, le commandant qui a effectué le premier tour du monde et même un vol au-dessus de l’Arctique. Un pilote expérimenté, successeur du comte Ferdinand von Zeppelin à la tête de la compagnie, mais un homme en colère au vu de l’évolution de l’Allemagne, parce qu’il déteste les nazis et par-dessus tout le chancelier Adolf Hitler.

Parmi les passagers, l’opinion est nettement plus favorable à la montée de cette vague purificatrice. Nous allons plus particulièrement en accompagner cinq réunis autour de la même table pour le diner après le départ de Recife.
Le premier à s’installer est le policier allemand, Bruno Brückner. Arrive ensuite la baronne Van Hattem. Riche épouse d’un industriel allemand, elle va tous les ans passer l’hiver à Copacabana. Puis c’est le Dr Vöegler, un médecin hygiéniste qui vient participer à un congrès à Sao Paulo pour mettre en lumière les préjudices que le métissage porte aux nations. Ils sont rejoints par un jeune Anglais, William Hay, fils de famille riche, plein d’humour et plutôt provocateur. Le cinquième convive est un importateur de café, Otto Klein. Leur conversation pendant le repas est une ode au nazisme, à la pureté de la race, à la lutte contre cet art dégénéré qui veut remplacer le classicisme, contre les Juifs, les communistes et les syndicats qui nuisent au commerce et à l’industrie. Un beau morceau d’anthologie des idées nauséabondes de l’époque qui ont soutenu l’arrivée d’Hitler au pouvoir et qui, malheureusement, reprennent de la vigueur aujourd’hui.

Après ce sordide diner, chacun rejoint sa cabine. Mais, le lendemain matin, l’un des convives est retrouvé mort dans les toilettes. Empoisonné au cyanure. Le commandant fait appel au policier pour comprendre ce qui s’est passé mais avec discrétion pour ne pas perturber la fin du voyage.

Bruno Brückner mène donc son enquête et découvre que la victime voyageait sous une fausse identité. Outre un autre passeport, la valise contient des documents révélant qu’il est juif et homosexuel amateur de photos de jeunes hommes en petite tenue. Le problème est que ces documents pourraient aussi éclabousser certains convives de la veille dont le nom et la famille apparaissent ici ou là. La situation est délicate…

La mise en cause de ces fervents nazis est déjà un beau rebondissement du roman mais pas le plus impressionnant. L’arrivée à Rio de Janeiro nous réserve une autre surprise. Un retour en arrière va rappeler au lecteur que les apparences peuvent être trompeuses et que l’enquête de Bruno Brükner est loin d’avoir éclairé toutes les zones d’ombre.

L’auteur réussit là un roman passionnant, polar politique montrant l’ineptie, la violence et la dangerosité des conceptions nazies contre des gens qui ne demandent qu’à vivre librement et pacifiquement selon leurs croyances ou leurs choix personnels. C’est aussi une belle expérience de voyage en dirigeable, une aventure à ne pas manquer.

Serge Cabrol 
(19/05/25)    



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Noir & polar








Denoël

Collection Sueurs froides
(Avril 2025)
144 pages - 18 €

Version numérique
12,99 €


Traduit du portugais
(Brésil) par
Hélène Melo
et
Clara Domingues







Samir Machado
de Machado,

né au Brésil en 1981,
est écrivain, scénariste, graphiste et traducteur.
Le crime du bon nazi
est son deuxième roman
traduit en français.





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un article concernant
son précédent roman :

Tupinilândia