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Vinciane MOESCHLER


Little Miss Mytho


Laetitia est une adolescente mythomane, Eden est un poète graffeur et musicien. Ils habitent un quartier populaire au nord de Paris et, en alternance, à la première personne, ils vont nous raconter leur histoire, leur quotidien et leur rencontre. Leur vie n’est pas un long fleuve tranquille et leur aventure tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page.

 Dès les premières lignes, c’est Laetitia, seize ans, qui nous confie ses secrets et notamment, son goût du mensonge, son besoin d’enjoliver le réel, de s’inventer une autre vie.
« Dans la cité, quand on est minoritaire, c’est-à-dire issue d’une classe sociale privilégiée (ma mère est prof de maths), yeux bleus de siamois, peau blanche, laiteuse même – j’ai attrapé sa peau d’Anglaise – on est vulnérable. Si on veut survivre, faut pas se laisser marcher sur les pieds. Alors, je réinvente ma vie pour épater les autres. »
Son père est écrivain, son frère est mannequin aux Etats-Unis, elle pratique la boxe, elle passe ses vacances dans des endroits de rêve… Voilà ce qu’elle raconte à ses copines et sur les réseaux sociaux, ce qu’elle finit presque par croire elle-même.

Ensuite c’est Eden qui prend la parole. « Moi, je m’appelle Eadn Zakaria. Ici, on dit Eden. J’ai dix-sept ans et je suis d’origine syrienne. Un moi atypique : je ne porte pas de survêt, le gilet à capuche et le jogging trop large ne font pas partie de mon uniforme. J’aime le côté dandy bien décalé : la petite cravate ou le col Mao. Pourtant, je suis un pur produit de la cité. Père immigré au RSA, grand vainqueur des contrôles de faciès alors qu’il a tout fait pour s’intégrer dans la société française. Il a fondé une famille nombreuse de quatre fils. Une famille dysfonctionnelle, pas toujours soudée et souvent démunie malgré les allocs. »
Eden n’aime pas le foot et préfère La Callas au rap. Harcelé au lycée pour son non-conformisme, il a laissé tomber les études. Pourtant, il a été diagnostiqué Haut Potentiel (160 de QI). Mais il n’aime pas lire. C’est avec des tutos sur Internet qu’il a appris le piano en jouant sur un petit piano électronique récupéré et réparé. Il gagne un peu d’agent en faisant les courses pour les gens de la cité, il se dit « livreur indépendant ».
Outre la musique, il a une autre passion : le street art. Le graffiti poétique. « Je choisis des endroits stratégiques. Je suis un as pour trouver les meilleurs spots. En face d’une banque : Regarde bien ta Rolex, c’est l’heure de la révolte. Devant une école : Éteins ta télé, allume ton cerveau. Près du réfectoire d’un lycée : Allons enfants de l’anarchie, le jour d’y croire est arrivé. Aux urgences d’un hôpital : C’est la vie, ça va passer. À l’entrée d’une maternité : Ne prends pas trop la vie au sérieux, de toute façon tu n’en sortiras pas vivant. »

Laetitia et Eden, deux fortes personnalités, marginales et indépendantes, entre lesquelles la relation ne va pas être simple à établir. Ils se rencontrent grâce à leurs animaux.
Laetitia a deux chats, Cassius et Buttercup, qui ont la fâcheuse habitude de fuguer dès qu’on ouvre la porte sans faire attention. Elle doit alors descendre les dix étages avec les caisses de transport et errer au pied des immeubles en appelant ses chats et en les appâtant avec des croquettes. Les gamins de la cité se moquent d’elle mais ils l’aident à chercher.
Eden a un pitbull nommé Snoopy. « La pauvre bête était séquestrée dans une minuscule cage au fond d’un container, continue-t-il. Les mecs de la ZUP l’avaient dressé pour attaquer les flics. Un soir, j’ai eu pitié, alors je l’ai volé. Maintenant c’est devenu mon pote. Doux comme un agneau. »
Ce soir-là, c’est Snoopy qui a trouvé Buttercup et la rencontre n’est pas très affectueuse tout comme celle entre Laetitia et Eden. Chacun reste sur la défensive.

C’est tout de même le début d’une relation, mais avec beaucoup d’obstacles. Chacun des deux va connaître des épisodes difficiles et devra surmonter de pénibles épreuves.  

Les lecteurs vont suivre avec beaucoup de plaisir et d’empathie ces deux ados atypiques, pris entre leurs défauts et leurs qualités, leurs faiblesses et leurs talents. L’écriture à la première personne en alternance permet de partager leurs pensées, leurs rêves, leurs colères, leurs doutes, leurs regrets et leurs espoirs. De nombreux thèmes sont abordés au fil du roman qui ouvrent des pistes de réflexion pour les personnages comme pour les lecteurs. Un ouvrage riche, passionnant, émouvant. Une autrice à suivre…

Serge Cabrol 
(28/08/25)    



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Jeunesse







La joie de lire

(Août 2025)
136 pages - 13,90 €






Vinciane Moeschler,
née à Genève, journaliste, romancière, dramaturge et réalisatrice franco-suisse,
a publié une dizaine de livres et reçu le Prix des lycéens de Littérature
2023 de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour Alice et les autres
(Mercure de France).









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