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Philippe NESSMANN & Piero MACOLA
L’évadé de Belle-Île
Histoire d’un bagne pour enfants
Dans cet album, Philippe Nessmann dénonce la violence qui régnait dans les bagnes pour enfants au XXe siècle et revient sur la révolte et l’évasion collective qui ont eu lieu en août 1934 à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-mer, événement à l'origine d'un poème de Jacques Prévert, La chasse à l’enfant. Le texte est écrit à la première personne sous forme d’une lettre adressée par Joseph en décembre 1934 à un journaliste, Alexandre Danan, qui a publié des articles et des livres sur le scandale des bagnes d’enfants. Joseph en est maintenant sorti mais il raconte les souffrances endurées pendant les mois qu’il a passés dans ce pénitencier. « Je vous écris pour que les gens sachent que c’est vrai, ce qui a été dit. Si ça peut éviter à d’autres enfants d’y aller… » Joseph, après la mort de ses parents, vivait dans la rue et, l’hiver de ses quatorze ans, il a volé une paire de chaussures. Le marchand l’a attrapé et livré aux gendarmes. Mineur et vagabond, le juge a décidé qu’il lui fallait un cadre où il pourrait apprendre un métier et il l’a envoyé à la colonie pénitentiaire de Belle-Île. Là, « tout est allé très vite : à l’infirmerie, j’ai dû me déshabiller, me laver à l’eau froide, enfiler un uniforme beige et me faire tondre les cheveux. Ensuite, direction le bureau du directeur. Il a pris un grand cahier et m’a dit que je serais le numéro 22667. Il m’a aussi dit qu’il savait pas combien de temps je resterais là : deux ou trois ans si j’étais sage, jusqu’à mes vingt et un ans sinon. » Triste perspective pour un garçon de quatorze ans… Il décrit avec précision les conditions de vie draconiennes qui sont pratiquées. En fait d’apprendre un métier, il s’agit de préparer des sardines et les mettre en boîte. Un geste répété des milliers de fois dans un silence absolu. Le moindre mot est puni à coups de matraque. Outre la violence des gardiens, il y a aussi celle que les plus forts font subir aux plus faibles. Joseph ne s’est pas laissé faire et s’est retrouvé au cachot. Quelque temps plus tard, un nouveau est arrivé. « Il s’appelait Marcel mais on l’a surnommé le Clou parce qu’il était maigre comme un clou, et aussi parce qu’un ancien surnommé le Marteau, car il était complètement marteau, s’est mis à lui taper dessus. » Joseph lui remonte le moral et lui explique comment échapper à son tortionnaire. Et puis il y a eu le 27 août 1934. Au réfectoire, suite à une nouvelle injustice, une révolte éclate et des dizaines de garçons fous de rage se précipitent sur les gardiens. « Ça criait, ça tapait, ça se déchaînait. Après des années de punitions, d’humiliations, de silence, fallait que ça sorte ! » Ensuite, tous les moyens sont bons pour franchir les murs et cinquante-six évadés filent dans la campagne. Mais le bagne est construit sur une île et quand bien même certains sauraient nager, le continent est bien trop loin… En plus des gardiens, et des gendarmes, une récompense de 20 francs est proposée à quiconque rattrapera un fugitif. Jacques Prévert, qui est en vacances sur l’île avec des amis, écrit un poème, La chasse à l’enfant : « Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C'est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l'enfant Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis Tous les braves gens s'y sont mis » Joseph est repris et mis au cachot. Heureusement, grâce à une tante et un oncle, il réussit à quitter l’enfer et trouver une place d’apprenti dans une quincaillerie. Un happy-end permet de ne pas désespérer les jeunes lecteurs. Les illustrations de Piero Macula accompagnent le texte sur chaque page et renforcent les émotions que peut ressentir le lecteur au fil du récit. Trois pages en fin d’ouvrage apportent une partie documentaire (texte et photos) pour rappeler l’histoire de ce bagne et le rôle du journaliste Alexis Danan, très engagé sur ce sujet. Un livre qui mérite bien évidemment sa place dans toutes les bibliothèques et CDI.
Serge Cabrol
(18/08/25)
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Jeunesse

Les éléphants
(Mars 2025)
Format 20 x 29 cm
44 pages - 16 €
À partir de 10 ans
Texte

Philippe NESSMANN
Illustration

Piero MACOLA
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