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Ron RASH


Une tombe pour deux


Un jour, il [le Dr Egan] sortit un cœur
d’un cadavre et le tint dans sa main.
Puis il tourna le dos à ses camarades pour
s’adresser au corps : dis donc, mon gars,
il ne fonctionne plus mais il est intact.
Tu n’es certainement pas mort
d’avoir le cœur brisé.
 »
Ron Rash


Le samedi 28 juillet, Jacob Hampton, fils de Cora et Daniel, respectivement boutiquière et propriétaire de la scierie de Blowing Rock en Caroline du Nord, a une vision devant le cinéma Yonahlossee. « Naomi, une parfaite inconnue, se tenait à côté du guichet, une pièce de monnaie dans la main […] Elle ne portait ni boucles d’oreilles ni socquettes, ni bracelets ni rubans de couleur vive comme les autres filles de sa connaissance. Mais ce genre de fanfreluches n’aurait fait que détourner l’attention de son visage, de sa peau lisse et de ses pommettes hautes, de ses yeux d’un bleu renversant et de ses longs cheveux noirs. Le coup de foudre. Il n’y avait pas eu que son charme, pourtant, pour retenir Jacob. Tandis que les clients s’avançaient sans se préoccuper du prix, Naomi frottait entre ses doigts une pièce de dix cents en regardant tour à tour l’affiche et la pièce de monnaie. »

Tout est dit, la passion, la différence de classe sociale, de culture, Naomi n’est presque pas allée à l’école tandis que Jacob est à l’université. Tout est dit sauf la réprobation des parents qui ne veulent absolument pas de l’union de ces amoureux. Cela se fera malgré eux et le couple ira habiter une ferme. Voilà que pour mai est annoncée la naissance d’un enfant. Mais en ce début des années cinquante c’est la guerre de Corée qui se déroule et Jacob est appelé à y combattre.

Le roman commence justement par Jacob qui est soldat en Corée. « Jacob était de faction, posté au bord d’une rivière séparant les deux armées. La nuit était plus froide que toutes celles qu’il avait connues chez lui, dans le comté de Watauga. Ce froid faisait plus que s’insinuer sous la peau. Il enfermait les doigts et les pieds dans une gangue de fer, faisait cliqueter les dents comme du verre sur le point de se briser. » Cet incipit annonce bien ce qui va se passer dans le roman.

D’abord les saisons, on passe sans arrêt de l’hiver à l’été en passant par l’automne et le printemps. Les saisons si importantes pour les hommes de la terre, pour Jacob qui fuit ses parents, aménage une ferme, pour le père de Naomi qui est paysan, pour ces hommes qui font un travail premier et vital, en opposition à Cora qui tient un magasin et Daniel une scierie. Eux sont des personnages « nature » en opposition aux « fanfreluches et rubans » des autres, des personnes qui ont une vraie morale en opposition aux calculs « glacés et égoïstes » des gens installés. Les saisons dans une petite ville de Caroline du Nord à la morale rigide qui ne connaît pas les élans du cœur.

Ensuite, il y a bien les deux armées, elles ont été citées plus haut, l’opposition entre « Nature et artifice ». Heureusement, Jacob a un autre allié, Blackburn, le frère de sang, le fidèle, défiguré par la polio, et qui s’occupera de Naomi quand il sera en Corée. Blackburn, le hideux dont tout le monde se moque, prend pour un faible, presqu’un simple d’esprit, qui deviendra le cantonnier du cimetière et restera fidèle à Jacob et Naomi. Dans ce western « Roméo et Juliette » il sera l’acteur qui sauve.

Enfin, le froid c’est celui qui glace le dos du lecteur devant le stratagème des parents, qui en fait un roman bien noir. Une tombe pour deux rejoint William Faulkner pour l’intrigue dans une ville américaine ainsi que Jean Giono pour la présence de l’élan nature, auteurs nous dit-on, dans une présentation, admirés par Ron Rash.

Michel Lansade 
(22/01/25)    



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Noir & polar







Ron  RASH, Une tombe pour deux
Gallimard / La Noire

304 pages - 20€

Version numérique
14,99 €



Traduit de l’anglais
(États-Unis) par
Isabelle REINHAREZ





Ron Rash
né en Caroline du Sud en 1953, est romancier, poète et nouvelliste.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia




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un recueil de nouvelles
de Ron Rash :


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