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Sébastien RUTÉS


Le syndrome du cordonnier


« Un jour, Augustin Cami réalisa qu’on n’est jamais tout à fait débarrassé du pouvoir tant qu’on n’a pas renoncé à l’exercer et cette découverte tardive fut à l’origine de toutes ses mésaventures. »

Augustin est l’auteur d’un seul roman, Reprendre ses droits, qui fut un best-seller, cinq ans plus tôt. Depuis il occupe les réseaux sociaux, les plateaux de télévisions et les colloques universitaires, faisant beaucoup d’audience en prenant le contre-pied de son interlocuteur. Il ignore, lui l’anar, le pouvoir d’influence qu’il peut avoir. « … c’est que je ne crois pas que mon œuvre ait une quelconque influence sur les gens, je ne suis pas sûr que la littérature puisse changer le monde, et à vrai dire je ne le souhaite pas. »  Mais voilà que des manifestations d’écologistes, un inspecteur de police et le monde politique, opposition et Élysée, lui rappellent que ses paroles sont suivies d’effets, qu’il peut être tenu responsable d’actes commis par autrui, que finalement il a un grand pouvoir.

Alors, Augustin va au Bistrot du temps qui passe retrouver ses copains d’enfance et d’adolescence ; surtout Greg, le tenancier et son pote, lui rappelle le temps des santiags au milieu des chansons de Renaud. Il lui lance à la figure la maxime de Pline l’ancien Ne supra crepidam sutor iudicaret ou Cordonnier pas plus haut que ta sandale.
« – Tu sais pourquoi tu reviens ici tout à coup ? Parce que t’as besoin de quelqu’un pour te dire tes quatre vérités. T’as toujours été comme ça, c’est pas ta faute : quand tu ne savais plus où tu allais, ton père débarquait pour te ramener dans le droit chemin. Aujourd’hui, c’est mon tour, et crois-moi, je vais me faire un plaisir de te remettre à ta place ! »

Premier signe du changement d’Augustin, il oublie son téléphone au bistrot. Puis tout s’enchaîne, il sème ses fans, abandonne les réseaux sociaux, la télé, vit dans un squat et se remet à écrire un roman sur les hêtres. Il se dépouille pour ne plus avoir de pouvoir, va vers la vie végétale qui elle n’en a aucun.

Beau roman sur le brillant de la célébrité, l’influence qu’elle apporte, quel que soit le media utilisé, pas seulement la grossière politique. Être vraiment anarchiste, n’exercer aucun pouvoir sur personne, c’est être une plante, morale humoristique du livre.

Michel Lansade 
(05/05/25)    



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Noir & polar



Gallimard
La Noire
(Avril 2025)
304 pages - 20 €

Version numérique
14,99 €



Sébastien Rutés,

né en 1976, est écrivain et maître de conférences, spécialiste de la littérature latino-américaine.

Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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