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Giuseppe SANTOLIQUIDO


Le don du père


« Assis à deux mètres de lui, je feuilletais mes notes pour un cours que je donnerais le lendemain. Nous ne parlions pas, nous contentant de nous sourire quand nos regards se croisaient. Sans doute avons-nous rarement été aussi proches que dans la beauté simple de cette heure de vie commune. »
C’est quand son père est vieux et gravement malade que son fils, le narrateur, se penche sur cet homme qu’il a, au mieux, ignoré, au pire, méprisé. Il découvre alors l’immense amour que celui-ci lui porte et tous les sacrifices qu’il a faits pour que ce fils unique puisse, lui, réaliser ses rêves ; ce que lui n'a pas pu faire, son propre père, le premier à quitter l'Italie pour la Belgique, refusant qu’il fasse des études.
Un livre grave sur l’héritage paternel, sur la marque indélébile que la pauvreté, l’émigration, impriment à jamais dans la tête de ceux qui ont fui la misère, la peur. La peur de manquer, de ne pas y arriver, d’être trop ambitieux, avec pour seul credo le travail. Sans cesse travailler pour réussir au moins à retourner au pays sans honte.
En racontant la vie de cet homme "empêché" non seulement son fils le comprend mieux mais ressent pour lui de l’amour.
« Un fonds tragique couve au creux de toute existence. Le décret paternel a frappé l’enfance de mon père au beau milieu de ses rêves, lui inoculant l’apathie funeste de l’obéissance, le poids calamiteux du devoir. Il a obscurci son ciel, le lui a rendu inaccessible. » « J’ai tout de suite eu l’impression que j’allais mener jusqu’à ma mort une vie qui ne serait pas la mienne. »
Mais le narrateur au fur et à mesure de son récit se rend compte de la complexité de la vie de son père qui, ne pouvant pas faire d’études, de lui-même va s’engager dans un garage où il deviendra un excellent ouvrier et qui lui confiera aussi que sa vie a été sauvée par l’amour de sa femme. « Ta mère m’a libéré, j’ai eu l’impression que jusque-là je ne me connaissais pas. J’ignorais de quoi j’étais capable. Vivre sans elle n’a plus jamais été envisageable. » Alors que le fils pensait que son père était soumis, en général et à sa femme aussi, il comprend surtout que cet homme a été porté par ses amours, sa femme et son fils, et ce récit qu’il entreprend n’est pas seulement celui de la réhabilitation de son père à ses yeux mais aussi celui de sa culpabilité à son égard et d’un rachat possible.
« Il m’enseignait ce qu’était un père, à moi qui n’avais jusqu’alors vu de lui que le visible, ce qu’était un homme armé de la force du cœur : un être qui bénit, ouvre un chemin. Cette ultime étape dans la mise à l’écart de son être a été mon point d’ancrage, la fenêtre par laquelle j’ai pu prendre mon envol. »

Syvie Lansade 
(06/08/25)    



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Giuseppe SANTOLIQUIDO, Le don du père
Gallimard

(Avril 2025)
208 pages - 20 €





Giuseppe Santoliquido,

écrivain belge d'origine italienne, chroniqueur, essayiste, romancier et nouvelliste, a déjà publié une dizaine de livres.



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