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Jean-Pierre BROUILLAUD
Perle
Ce court roman devrait beaucoup plaire aux amateurs de chiens et d’humour. Le narrateur évoque avec beaucoup d’autodérision sa relation avec Perle qu’il a beaucoup de mal à considérer comme une chienne puisque, pour lui, elle est « la fifille à son papa ». À part Perle il n’y a aucun nom ou prénom dans le livre. Le narrateur a eu deux enfants avec sa compagne, nous les appellerons donc, la fille, le fils et la compagne. C’est sa fille qui voulait un chien. Mais sa compagne n’était pas d’accord et a énuméré les raisons de son refus. Un chien en appartement c’est inconcevable ; Il sera malheureux toute la journée ; Ce n’est pas commode pour les vacances ; Tu dis que tu vas t’en occuper mais tu ne t’en occuperas pas ; Qui va l’emmener chez le vétérinaire s’il est malade et que tu es à l’école ; Tu sais que ça coûte de l’argent d’avoir un chien ; Tu connais le nombre de chiens qui sont abandonnés ? Mais la fillette avait réponse à tout et, en multipliant les pressions, a obtenu un compromis. « Nous avons réussi à dénicher (le verbe "dénicher" me semble particulièrement opportun) une formule atypique, originale, inédite, en devenant auprès d’un refuge, famille d’accueil le week-end. Ce qui consiste donc à venir chercher l’animal au refuge le vendredi pour lui ramener le dimanche. Et, à l’occasion, lorsque cela est possible, l’emmener avec nous pendant les vacances. » C’est ainsi que Perle, quatre ans, est entrée dans la famille. « D’après les informations que nous avons, Perle serait le résultat d’un croisement peu banal entre un teckel et un staffie. Cette étrange alchimie lui confère un physique que je n’hésiterais pas à qualifier de disgracieux si je ne craignais de la vexer ». « Très basse et assez épaisse en léger surpoids par ailleurs, son corps assez volumineux porté par des pattes minuscules, Perle affiche une esthétique peu conventionnelle. Il est convenu de qualifier familièrement les teckels de "chien-saucisse". Dans le cas de Perle, il s’agirait plutôt d’une choucroute garnie. » Le narrateur adore Perle et lui trouve toutes les qualités : elle est forte, délicate, intelligente, courageuse, honnête, attentionnée… Mais la vie avec elle n’est pas toujours une sinécure et au fil des chapitres, nous découvrons les aléas de leur relation et notamment le gros défaut de Perle : elle déteste les autres chiens, ce qui transforme les promenades sur les trottoirs parisiens en parcours du combattant. « Si Perle se contentait d’aboyer de façon virulente envers ses congénères, comme un homme politique devant son adversaire dans un débat télévisé, le préjudice serait moindre. Mais loin de se satisfaire d’une simple manifestation orale de son hostilité, Perle attaque. Elle montre les crocs et elle tire sur sa laisse pour se jeter sur sa proie et la dévorer toute entière, quelle que soit sa taille, son âge, son sexe, son tempérament. […] Dans notre quartier, lorsque Perle paraît, les caniches se terrent, les pitbulls longent les murs, les bergers allemands font profil bas. L’ambiance de la capitale a changé. » L’auteur nous conte ainsi toutes les aventures du narrateur avec son chien mais, par honnêteté sans doute, certains chapitres intitulés "Les pensées de Perle" nous permettent d’accéder au point de vue de la chienne qui, globalement, se révèle plutôt satisfaite de son sort. Le narrateur de Ma vie avec Contumace partageait sa vie avec un poisson rouge, ici c’est avec une chienne, difficile avec cet auteur de savoir de quoi l’avenir sera fait mais qu’importe, tant qu’on retrouve dans chaque livre son écriture ironique et faussement naïve, pleine de tendresse et d’autodérision. Encore un grand plaisir de lecture. Un auteur à suivre…
Serge Cabrol
(30/04/26)
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Lectures

Chum
(Février 2026)
132 pages - 16 €

Jean-Pierre Brouillaud,
né à Bordeaux en 1969, maître de conférences en droit et écrivain, a publié une dizaine de livres : romans, poésie et théâtre...
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jeanpierrebrouillaud.fr
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ses précédents romans :
Les petites rébellions
Ma vie avec Contumace
Longue conservation
et un texte de théâtre :
Douze
La vie en alexandrins

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