Retour à l'accueil du site





James Lee BURKE


Étranger à la dérive


James Lee Burke est fidèle à ses personnages et complète leurs aventures de livre en livre au fil des années. Pour la famille Robicheaux, que nous avons présentée dans Clete, la série compte plus de vingt volumes. Pour le Clan Holland, Étranger à la dérive est déjà le dixième roman.
Il évoque ici la participation des soldats américains à la Seconde Guerre mondiale dans les Ardennes et en Normandie, puis leur retour au pays, le développement de l’industrie du pétrole qui génère des bénéfices prodigieux, et le milieu du cinéma, Hollywood confronté à la chasse aux communistes et aux prémices du Maccarthysme. Tout cela en suivant deux couples…

Le narrateur, Weldon Avery Holland, a seize ans quand s’ouvre ce roman. Il habite au Texas, chez son grand-père qui a été shérif et vit dans le souvenir de ses faits d’armes. Weldon ne sait pas ce qu’est devenu son père, parti un jour pour gagner de l’argent et jamais revenu. Il veille sur sa mère dont la santé mentale est défaillante et qui risque l’internement.
Ce jour-là une voiture s’arrête sur leurs terres. À l’intérieur, une jeune femme dont l’image troublera très longtemps Weldon, avec ses cheveux roux et son béret sur la tête. Il apprendra qu’il s’agit de Bonnie Parker et que le chauffeur était Clyde Barrow. Bonnie, une si jolie tueuse abattue par la police. Le thème du bien et du mal est toujours présent dans l’œuvre de Burke.

Pendant la guerre, dans les Ardennes, Weldon devenu lieutenant est amené à sauver la vie du sergent Herschel Pine enterré dans une tranchée après le passage d’un char allemand. Weldon creuse et le sort de son trou, blessé mais vivant. Ils parviennent à monter dans un train dont les wagons avaient dû servir à transporter des déportés. Ils arrivent ainsi dans un camp déserté par les nazis devant l’avancée des troupes américaines. Tous les prisonniers ont été brûlés ou jetés dans une fosse géante et recouverts de chaux. Ils trouvent une femme encore vivante. Rosita Lowenstein. Née à Madrid, républicaine antifasciste mais pas communiste. Le sergent Pine farouche antisémite quelques semaines plus tôt est bouleversé par ce qu’il découvre. « Je ne regrette pas d’avoir pris la Juive avec nous. Je ne me débarrasserai jamais de ce que nous avons vu dans le camp. » Pour Weldon, Rosita le fait penser à Bonnie Parker. Son attitude, son regard, sa détermination. Elle leur raconte son arrestation par la Gestapo, sa déportation, les raisons de sa survie dans le camp…

Après bien des événements et rebondissements, Weldon épouse Rosita à Paris, ils partent aux États-Unis et retrouvent Hershel Pine au Texas. Lui aussi est marié, avec une fille de la campagne, Linda Gail, désireuse d’échapper à son milieu par tous les moyens y compris en usant de ses charmes. Voilà, les deux couples constitués. Nous allons les accompagner pendant les quatre cents pages suivantes.

Hershel est revenu d’Allemagne avec une idée industrielle novatrice. Les nazis avaient une technique particulière pour fabriquer leurs chars en utilisant des machines à souder très performantes. Hershel est persuadé qu’on peut utiliser cette technique sur les tuyaux où circulent le gaz naturel et le pétrole. « Avant la guerre, on posait encore les tuyaux de gaz naturel boulonnés ensemble à la jonction, lieutenant, dit Hershel. J’ai repéré dix-sept de ces machines à souder allemandes. Il suffit juste de les faire venir en Amérique. » Et la méthode fonctionne…
Avec des emprunts, Weldon et Hershel créent une compagnie, installent des kilomètres de tuyaux, forent des puits, produisent du pétrole et du gaz, et font fortune.

Mais les enjeux pétroliers sont immenses et les compagnies déjà installées voient d’un mauvais œil l’arrivée de petits nouveaux sur le marché. Tous les moyens seront bons pour leur mettre des bâtons dans les roues.

Linda Gail rencontre un photographe qui la convainc de tourner des films. Les portes des studios d’Hollywood vont s’ouvrir pour elle. Hershel est fou amoureux d’elle et prêt à satisfaire tous ses désirs. Leur maison n’est jamais assez belle, le quartier assez chic, les voisins assez fortunés. Hershel dépense sans compter et quand Linda se lance dans le cinéma, il la soutient. Sans imaginer qu’elle puisse être utilisée dans la guerre pétrolière.

Juive et considérée comme communiste, Rosita, est humiliée par les Texans bien-pensants et devient à son tour une pièce sur l’échiquier du jeu des compagnies pétrolières.
Weldon et Hershel se battent comme des lions pour sauver leur compagnie mais tous les moyens sont bons pour les faire céder y compris par la manipulation de Linda et la violence policière contre Rosita.

De plus, Weldon a découvert la responsabilité d’une compagnie pétrolière dans la mort de son père dont il pensait qu’il les avait abandonnés, sa mère et lui, pour vivre sa vie loin des soucis familiaux alors qu’il avait trouvé un travail et s’apprêtait à leur envoyer de l’argent qu’il gagnait. Weldon n’est pas du genre à admettre cette révélation sans désir de vengeance et de réhabilitation de son père. Il est prêt à rendre coup pour coup et à faire payer les responsables.

C’est un superbe roman d’aventures que construit James Lee Burke avec des personnages attachants dans des contextes historiques et politiques précis et documentés. Que ce soit dans les bayous de Louisiane avec les Robicheaux ou au Texas avec les Holland, l’auteur est aussi efficace et convaincant. Un sacré talent !

Serge Cabrol 
(06/07/26)    



Retour
Sommaire
Noir & polar








Rivages / Noir

(Juin 2026)
496 pages - 22,90 €

Version numérique :
16,99 €


Traduit de l’anglais
(États-Unis) par
Christophe Mercier









James Lee Burke,
né en1936 à Houston,
a publié plusieurs dizaines de romans policiers et recueils de nouvelles. Étranger à la dérive est le dixième volume de la série Clan Holland



Bio-bibliographie
sur Wikipédia




Retrouver sur notre site
un autre roman
de James Lee Burke :


Clete