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Timothée de FOMBELLE


La vie entière


« Je l’attends. Qu’ont-ils fait de lui ? J’écris la vie que nous n’aurons pas. »

Nous sommes à Paris, sous l’Occupation. Claire a dix-neuf ans. Elle est seule dans une petite chambre avec une machine à écrire sur laquelle elle dactylographie depuis plus d’un an des documents pour la Résistance. Ce soir, elle attend son chef de réseau qui vient régulièrement dicter les textes et donner les consignes. Il est en retard et Claire enfreint toutes les règles de sécurité en tapant sur sa machine.

« C'est une machine à écrire Royal avec quarante-neuf touches. Elle fait cette nuit sous mes doigts un bruit de machine à coudre, ou de mitrailleuse bien graissée. Je sais pourtant qu'il ne faut rien écrire. Ne laisser aucune trace derrière moi. Quitter l'appartement. Disparaître s'il ne vient pas. C'est la règle. Mais je reste là, je déchiffre les bruits de la rue tout en bas.
S'il a été pris, pourquoi m'enfuir ? Que me resterait-il ? »

Il est évident qu’elle est amoureuse de son chef de réseau et c’est un court, étrange et magnifique roman d’amour que nous offre Timothée de Fombelle. Un roman sur trois temps, présent, passé futur.
Le présent, c’est cette nuit dans la chambre, dans la désobéissance d’une dangereuse et angoissante attente. Les bruits, le voisin collabo à l’écoute de l’autre côté du mur, l’espoir et l’écriture…
Le passé, c’est le parcours qui l’a menée jusque-là. Son entrée dans la Résistance ; son recrutement par Mlle Dulac, la directrice du cours de dactylographie auquel elle était inscrite « pour apprendre un métier de jeune fille honnête » ; le premier rendez-vous dans un café avec cet homme qui avait un nom de guerre féminin, Blanche ; et puis les missions, le transport des documents à la barbe des Allemands, les contacts avec le petit Emile à qui elle confie une valise d’explosifs ou avec Rosine à qui elle remet une enveloppe pleine de photos d’identité pour fabriquer de faux papiers ; les risques, les arrestations, la mort de certains pour la victoire des autres… 
Le futur, qui occupe une place importante dans le roman, c’est le rêve de ce qu’ils vivront, elle et lui, après, quand la guerre sera finie, quand ils seront libres de s’aimer. Elle imagine, elle écrit dans le désordre.
« Je ne mets pas les premiers jours au début. Je prends les souvenirs au fond du chapeau. J'ai les yeux bandés. Je plonge la main au hasard et déplie les carrés de papier. La brasse loin du bord de la mer. La surprise du givre. Le clignotement du poêle le soir. Des jours d'automne. Des convales­cences. La couleur rouge d'une chambre. Une chaise longue sur le petit balcon. Des noms de chiens : Attila, Saturne, Précieuse. Un jardin. Des mariages. Un orage sur la route. Le soleil d'hiver. Les morts. Les vacances. Les enfants. »
Avec parfois des scènes plus précises, elle écrit ces "souvenirs" de vacances, de soleil, avec leur enfant… Une vie entière…

Dans cette atmosphère d’attente pathétique, Timothée de Fombelle construit un récit de bonheur imaginaire, alternant tout ce qui vient à l’esprit de cette jeune femme pour refuser et retarder l’inéluctable échéance. Une ode au courage de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, une ode à l’amour plus fort que la peur, une ode à l’imaginaire qui est déjà une forme de résistance. Une belle et salutaire leçon de littérature.

Serge Cabrol 
(19/01/26)    



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Lectures







Timothée de FOMBELLE, La vie entière
Gallimard

(Janvier 2026)
80 pages - 10 €







Timothée de Fombelle,
né en 1973, a publié des dizaines de livres (dont beaucoup pour la jeunesse) et de textes
pour le théâtre.




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