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Félicien Cruchot habite dans le bidonville du Maquis à Montmartre. Sa mère est morte d’un coma éthylique et son père, cordonnier anarchiste, a disparu. Félicien « venait d’avoir seize ans et se sentait déjà vieux du temps passé à l’atelier de menuiserie, où l’odeur des copeaux de bois lui était devenue aussi insupportable que les remontrances du patron. Il en déduisait que le salut était dans la fuite. » Et l’occasion se présente quand il rencontre deux voyous qui se réfugient dans le bidonville pour échapper à la police. Gueule-de-rat et Croc-en-jambe appartiennent à la bande de S’en-fout-la-mort et ils acceptent de conduire Félicien jusqu’à leur chef qui rappelle les règles de leur fonctionnement. « La vie des marlous se déroulait sur un rythme binaire, la journée était consacrée à faire la loi dans le quartier, le soir on descendait à la Bastille ou rue Mouffetard pour travailler. Là, l’orateur crut bon de préciser qu’il s’agissait toujours d’occupations répréhensibles, l’honnêteté ne rencontrant de leur part que mépris. En conséquence de quoi, il cita l’escroquerie et l’arnaque au nombre des activités habituelles. Après une pause qui laissait présager de l’importance du propos, il ajouta que relever le compteur des filles restait l’ordinaire sans que l’on eût à trimer. » Felicien accepte les règles et il est admis dans la bande. Restait à lui attribuer un surnom qui serait pour lui une nouvelle identité. On n’hésita pas longtemps, sa rousseur évoquant les enfers, on le baptisa Satan-Belle-Gueule. » Rapidement, le nouvel apache, beau comme le diable, rencontre Brindille, une jeune prostituée sans protecteur. Elle accepte de travailler pour lui et de lui trouver d’autres filles à protéger. Satan-Belle-Gueule entame sa carrière de proxénète. Mais la vie des apaches est rude. Entre les couteaux des bandes rivales, les pistolets des policiers, et les condamnations à mort ou au travaux forcés à perpétuité, la carrière et l’espérance de vie des voyous n’ont pas toujours la durée espérée. Satan-Belle Gueule en prend vite conscience d’autant plus que certains policiers sont adroits en pressions et manipulations. Lorsqu’il est piégé par un inspecteur et amené à dénoncer S’en-fout-la-mort, il comprend que l’air de Paris ne lui convient plus. On ne plaisante pas avec le code de l’honneur. Pour la deuxième partie du livre, Martine Gasnier emmène son héros en province pour qu’il poursuive ailleurs son existence aventureuse et délictueuse. Il rencontre notamment une bande itinérante, la caravane à Pépère, venue des Pays-Bas. « À peine entrée en France, la bande, forte d’une centaine de membres, avait commencé de semer la terreur dans les villages. Prisonniers évadés, criminels en fuite, déserteurs et bohémiens formaient le gros de la troupe sans foi ni loi au sein de laquelle il espérait trouver la fraternité après avoir été confronté6 aux vicissitudes du vagabondage solitaire. » Il va cheminer un moment avec eux avant de reprendre son indépendance… L’autrice réalise une fois encore, une belle fresque historique, utilisant (avec quelques notes en bas de page) le langage des apaches, montrant leurs conditions de vie et le rapport entre misère et violence. La presse de l’époque, Le Petit Journal ou Le Matin, « fournissait au public le spectacle d’une violence juvénile proprement dantesque, et orchestrait La campagne d’opposition à l’abolition de la peine de mort voulue par le président Armand Fallière qui, las de voir tomber les têtes, exerçait avec zèle son droit de grâce en attendant mieux. […] Le petit Parisien organisa un référendum qui donna une majorité écrasante aux partisans de la guillotine. Le peuple avait parlé. La grande veuve continuerait encore longtemps de remplir son office. » Le roman de Martine Gasnier, très bien documenté, emporte le lecteur dans une aventure passionnante à la suite d’un héros (au sens littéraire du terme) qui profite de son physique avantageux pour séduire les femmes et les exploiter d’une manière ou d’une autre, sans une once de morale. La Belle Époque n’était pas une période de dynamisme, de progrès et de divertissement pour tout le monde, elle cachait aussi de sombres zones de violence et de misère. La Première Guerre mondiale a réglé le sort des apaches sous un déluge de feu… Serge Cabrol (28/09/26) |
Sommaire Lectures ![]() Zinédi (Août 2026) 172 pages - 18,90 € Version numérique 6,99 €
Bio-bibliographie sur son site : martinegasnier. zinedi.com Retrouver sur notre site un autre livre de Martine Gasnier : ![]() Obus et dentelles |
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