Retour à l'accueil du site





Jérôme LEROY

Violette Nozière
Icône et criminelle



Série L'affaire qui...
Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d'une époque, l'Aube noire s'associe à Retronews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. Les ouvrages sont séquencés par une quinzaine d'illustrations (articles et dessins de presse, photos, gravures...) issues des riches fonds iconographiques de la BnF.   (Michèle Pedinielli, directrice de la série)

Voici un livre passionnant sur une affaire qui a marqué le XXème siècle.
Violette Nozière, en 1933, dans le monde étriqué de l’entre-deux guerres, empoisonne ses deux parents. Son père meurt, sa mère en réchappe.
« Elle veut offrir au soleil et à la mer son corps de jeune fille de dix-huit ans, mener la vie chic et balnéaire de la rêveuse bourgeoise à une époque où l’on n’imagine même pas les congés payés du Front populaire, qui arriveront à peine trois ans plus tard. Violette, unique enfant du cheminot Baptiste Nozière et de sa femme Germaine, est prête à tout pour respirer.
Respirer enfin. »

L’analyse de Jérôme Leroy est passionnante car il montre bien comment la façon de présenter ce crime est très différente d’un journal à l’autre. L’humanité présentait les faits et le contexte social mais l’instrumentalisation des faits divers par les politiques existait déjà. Certains médias présentaient Violette Nozière comme une femme dévergondée qui remettait en cause les valeurs familiales et l’ordre moral institué.
Une femme n’avait pas à décider de ce qu’elle désirait.
Les femmes n’avaient pas le droit de vote mais pouvait être guillotinées. À l’époque beaucoup de jeunes filles se suicidaient car elles ne voyaient pas d’issues dans leur avenir tout tracé par la famille et les conventions.

Violette Nozière a été jugée par des hommes et la révélation de l’inceste de son père n’a pas été retenue à son avantage.
« Guillaume espérait vaguement qu’elle démente l’inceste paternel. Ce sera aussi, un temps, la volonté du juge Lanoire, lors des premières auditions. C’est ennuyeux, cette histoire. C’est Violette Nozière, la coupable. Pas la famille, qui est la première pierre de l’ordre social. »
Bousculer l’ordre établi n’est pas toléré.

C’est un texte passionnant qui se lit comme un roman. Très documenté, avec des coupures de presse et des photos, il montre bien les rouages de l’utilisation des faits divers comme le font encore de nos jours certains politiques et certains médias.
« De nos jours, l’instrumentalisation de l’horreur inspiré par les criminels est uniquement le fait de la droite et de l’extrême droite. Le moindre fait divers, pour peu que soit impliqué un étranger en situation irrégulière, un supposé islamiste, un jeune des cités, est l’occasion de vilipender le laxisme des juges rouges, l’école détruite par Mai 68 ou la perte des repères à cause de parents démissionnaires. À gauche, on a toujours un peu honte de descendre aussi bas. »

Les surréalistes soutiendront Violette Nozière en écrivant « Violette, je te crois » concernant sa dénonciation de l’inceste.

Ce texte montre bien le poids du patriarcat qui résiste encore de nos jours et le combat des femmes n’est pas terminé.

Brigitte Aubonnet 
(28/07/26)    



Retour
Sommaire
Noir & polar








L'Aube noire

(Juin 2026)
152 pages - 11,90 €







Jérôme Leroy,
romancier, poète et nouvelliste, a publié de nombreux livres (pour la jeunesse et les adultes)
et obtenu une dizaine
de prix littéraires.


Bio-bibliographie
sur Wikipédia



Découvrir sur notre site
d'autres livres de
Jérôme Leroy :

En harmonie

La grande môme

Le bloc

Vivonne