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Philippe HAURET


Ange

Je ne compte pas renoncer pour autant.
Tant qu’il me restera un souffle de vie,
je me battrai. Je dois me montrer inventive
pour tenter de gagner du temps,
repousser la sentence.

            J’adore regarder mes mains. Je les trouve fines, élégantes, racées, sensuelles. Les mecs, eux, ne les remarquent jamais, préférant plutôt s’attacher à mater mes jambes, mes seins ou mes fesses. Pauvres petites queues en pilotage automatique qui ne connaissent rien à rien. Je ne vais pas me plaindre, la nature m’a bien gâtée. Mon corps c’est mon outil de travail, mon gagne-pain, mon passe-partout. Grâce à lui, je suis libre, j’avance, je taille ma route. Non, Ange n’est pas une prostituée. Oui, elle aguiche l’entrepreneur argenté, mais le dépouille sans jamais livrer son intimité. C’est une double escroquerie en quelque sorte. C’est périlleux, mais Ange taille sa route avec énergie.

            Elle est en colocation avec Elton, un paumé, plus ou moins sale, qui ne fait rien de ses journées, pas même la vaisselle ou le ménage. Le jour il traîne et la nuit regarde les pornos de M6. Nous deux on se connaît depuis le collège. Nous habitions dans la même rue. Souvent, il venait chez moi soi-disant pour réviser dans ma chambre. En vérité, on préférait écouter de la musique, se chamailler, ou cancaner au sujet des autres élèves du collège. Etrangement, il ne s’est jamais rien passé entre nous. En solo, Ange taille sa route de gagne petit.

            Puis, un jour qu’elle est au labeur, c’est-à-dire, qu’elle attire la victime. Elle rencontre Thierry Taumasson, la vedette de la télévision. Il lui fait une promesse, elle s’offre, entrevoit un demain meilleur, un horizon radieux, mais la promesse n’est pas tenue par ce sauteur et Ange entreprend une sorte de vengeance qui peut lui rapporter gros. À partir de là tout s’enchaîne, blessés et cadavres. Ange, l’aventurière, devra être brave, inventive et endurante pour sauver sa peau.

            Les personnages du roman sont des paumés, glorieux ou discrets. Des hommes et des femmes de la marge, parfois criminels ou ont pignon sur rue, mais tous avec une faille.

            Le roman noir est bien sûr comme il se doit, aussi une critique sociale. Paraîtrait que mon père déprime sévère. Je peux le comprendre, le RN n’est toujours pas au pouvoir, les Noirs sont toujours aussi noirs, sans parler de l’OM qui stagne depuis des années dans les profondeurs du classement. Thierry Taumasson s’épanche : Si on interdit aux gens de s’injecter de bonnes grosses conneries après une journée de travail passée à s’être fait matraquer par son patron, c’est la révolution assurée. Cependant, je ne donne pas dans la facilité : fabriquer de la daube nécessite beaucoup de rigueur et de courage. Il faut savoir placer la barre très haut en matière d’ânerie, savoir repousser les limites. Pour se divertir, le public est capable d’accepter le pire. Mieux, il en raffole. Le manager de LIDL qui engage Elton à l’essai vaut son pesant d’or.

            Le roman des paumés qui vont, avec brutalité, jusqu’au naufrage est drôle, rythmé par des extraits de chanson, Chapitre 1, La nuit, je mens ; Chapitre 2, Mon vieux ; Chapitre 3, Dirty work…

Michel Lansade 
(11/12/20)    



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Noir & polar








Editions Jigal
(Septembre 2020)
208 pages - 18












Philippe Hauret,

né en 1963, a eu un parcours plutôt chaotique avant de devenir bibliothécaire. Il signe ici son cinquième roman.





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du même auteur :

Que Dieu me pardonne

Je suis un guépard