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Thomas VINAU

Fin de saison


Si je pleure c’est que je sais tout ce que la vie a eu et aurait pu encore avoir de merveilleux. Grâce à ceux que j’ai rencontrés et aimés. Grâce à la chance, au privilège, que j’ai eu de croiser la route de ma famille, de mes amis, de ma femme et de mes deux amours d’enfants. […] Ces miettes que nous avons assemblées ensemble, même avec imperfection, même insignifiantes et fragiles. Ces miettes furent des palais merveilleux. Les palais merveilleux de ma vie.

Le narrateur nous raconte avec drôlerie, cynisme, tendresse, son confinement, seul avec son chien et le lapin des enfants, dans la cave de sa maison dont il ne peut plus sortir, tout semblant s’être effondré au-dehors. En ces périodes où nous sommes tous confinés, ce roman nous parle encore plus fort de la beauté de la vie que les hommes s’échinent à détruire.  Et bien qu’il soit chargé d’une énorme angoisse de mort, on rit beaucoup de l’absurdité de la situation, des événements cocasses ou dramatiques provoqués par le très maladroit narrateur qui a tout de même eu l’idée, en cas de catastrophe, de se fabriquer, sur les conseils de la Croix-Rouge, un « catakit », un kit de survie pour les premières 48 heures, en cas de catastrophe…

Bien sûr quand on l’a entendu à la radio je me suis moqué. J’ai esclaffé quelque chose dans le genre : On va finir aussi cons que les américains. […] Déjà en train de goupiller en secret ce que je pourrais mettre dans mon baluchon de survie. Quelque chose comme l’instinct du mâle s’était réveillé dans mon petit cœur de rockeur. Un mélange entre le besoin de protéger le foyer et la lâche crainte de crever bêtement.

Le temps s’écoule très lentement pour ce pauvre Robinson de cave mais pas pour nous, parce que, pour notre plus grande joie, il se met à philosopher sec :
J’ai vu que nous avions besoin de croire. Éperdument. […] Enfanter pour être obligé de croire en demain aussi. Comme le moindre mammifère puant de cette planète. Comme le gamin dans le noir de son lit le soir. Comme une souris dans le grand vide de l’univers. Je n’ai jamais eu la foi. Mais j’ai besoin de Dieu. Parce que j’ai besoin d’avoir quelqu’un à maudire.
Le temps qui passe quelle putain de belle saloperie. Un jour après l’autre, il nous marche sur la gueule, nous use la peau, nous courbe le dos. […] Ah tu crois que le temps qui passe est une belle saloperie ? Tu vas voir qu’il y a pire mon cochon. […] L’agonie, droit dans les yeux.

Je ne peux pas, bien sûr, citer toutes les fulgurances qui traversent l’esprit de notre malheureux compagnon à l’infortune plus grande que la nôtre encore, et si vous voulez vous régaler, il faudra aller piocher à la source, mais juste encore cette petite dernière, pour la route… heu, pardon, à méditer chez soi où  le confinement nous fait encore mieux apprécier ce que l’on risque de perdre…

Il existe peu de choses plus belles sur cette terre qu’un bonhomme-gribouillis d’enfant. C’est bien la seule putain de création qui nous préserve de la damnation éternelle. Ça j’ai jamais eu besoin de la fin du monde pour le savoir. Mes enfants. Pardon. Pardon. On a tout bousillé comme prévu. « Le monde ou rien »… Ce sera la seconde option.

Sylvie Lansade 
(16/11/20)    



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Lectures








Gallimard

Collection Sygne
(Octobre 2020)
192 pages - 16




Thomas Vinau,
né à Toulouse en 1978,
a déjà publié une trentaine de livres (romans, poésie, jeunesse).


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