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Thierry BRUN


Épaulard


On n’a pas tous les jours l’occasion de partager les pensées et les sentiments d’un garde du corps, ses peurs, ses regrets ou ses désirs. C’est ce que Thierry Brun nous propose dans ce roman avec une originalité supplémentaire, "l’agent privé de sécurité rapprochée" est ici une femme.

Béatrice Fournier, après un passage par l’armée, travaille maintenant pour la société Praetor Corp. Épaulard est son pseudonyme, son nom de guerre, on ne communique pas avec les véritables patronymes pendant les misions. Pourquoi le privé ? « Aujourd'hui, elle ne regrette pas d'avoir choisi le secteur privé au lieu d'opter pour la voie policière, au Service de la protection des personnalités, que nombre de ses anciens frères d'armes avaient suivie à l'époque. Passer des concours et supporter une hiérarchie tatillonne, très peu pour elle ! »
Chez Praetor on la respecte, on la paye correctement et depuis sept ans elle a acquis un professionnalisme que personne ne conteste. Elle est même demandée spécifiquement par certains clients qui ont apprécié son efficacité.

C’est ce qui se produit ici. Dans les premières pages, elle est chargée de sécuriser les déplacements de Philippe Vialle, pendant son séjour à Nice. C’est « un industriel sous protection de Sécurité Armée, lui et sa famille, depuis qu'une bombe artisanale a emporté une jambe à son ancien chauffeur devant le Sofitel de Bamako. » Ici rien de semblable, et Philippe Vialle, satisfait, lui propose une mission plus personnelle. Elle n’aime pas ce genre de proposition hors du cadre habituel bien sécurisé et commence par refuser mais il a contacté Praetor et paye le triple du tarif. Elle n’a pas vraiment le choix. Il s’agit d’accompagner Natalia, son ex-femme, et leurs deux filles jusqu’en Italie. La mission ne paraît pas claire et le premier contact avec Natalia ne la rassure pas.
« – Il me faut six agents, plus deux véhicules et les conducteurs de sécurité.
– Non, non ! Ça fait trop de monde ! Quelqu'un trahira !
– Trahir ? De quoi parlez-vous ?
La mère de famille se ferme. 
[…]
– Qu'avez-vous l'intention de transporter ? relance Béatrice, prise d'un doute.
– Encore une fois, tout ça ne vous regarde pas. »
Pas de quoi rassurer Épaulard mais Philippe Vialle revient à la charge. Cent mille euros et elle assure ça discrètement, en solo.

Comme l’avait prévu Béatrice, il y avait un loup derrière l’opération qui tourne à la catastrophe.
On est à la page 70 et une autre vie commence pour Béatrice, quand elle émerge du coma et se réfugie dans un petit village du Morvan après plusieurs mois d’hospitalisation.
L’attentat contre la famille de Philippe Vialle a fait les gros titres des journaux et elle aimerait se faire oublier. Elle parle peu, seulement avec Frère Pôl, le curé, et Dammadier, le patron de l’hôtel. Elle a le temps de réfléchir…
Elle repasse en boucle les souvenirs de l’attentat sans comprendre comment le commando a pu les attendre dans un lieu où il n’était pas prévu de passer… Pas clair !
Mais sa tranquillité ne va pas durer et Béatrice va devoir redevenir Épaulard…

Thierry Brun réussit encore un roman passionnant et émouvant autour d’un personnage attachant, plein de contradictions, livrant peu à peu ses souvenirs d’enfance, sa relation avec son père, sa liaison chaotique avec une chanteuse, star de la pop, dont elle a assuré la protection au-delà des règles habituelles… Un bon polar, riche en scènes d’action et en rebondissements, mais aussi roman intimiste qui nous immerge dans la vie et les pensées d’une femme solide et combative mais avec ses failles et ses fragilités. Le troisième titre chez Jigal d’un auteur qui se partage entre roman social et polar. À suivre…

Serge Cabrol 
(10/10/22)    



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Noir & polar









Thierry BRUN, Épaulard
Jigal
(Juin 2022)
280pages - 18,50








Thierry Brun,

né en 1964, est
nouvelliste et romancier.



Bio-bibliographie
de Thierry Brun
sur Wikipédia






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