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Marie COLOT

Nos Violences


Le visage d’ange de Lou, la narratrice, cache bien son jeu. C’est une casseuse. Elle affronte la police avec Yannis qui lui donne le courage qui lui manque. Sa rage date du jour où elle a assisté à la violence gratuite des CRS envers un manifestant très calme, la cinquantaine, venu en couple à une manifestation.
« L’image de cet homme ensanglanté est incrustée dans ma rétine, comme si on l’avait brodée, point par point, imprimée, pixel après pixel. […] combien d’années de cauchemars pour ce couple qui n’avait rien demandé ? Ma rage est devenue plus forte que ma peur. » Ce qui fait horreur à Lou, c’est le capitalisme, le racisme, le pouvoir et sa police. Dans les manifestations, elle retrouve la puissance oubliée à longueur de quotidien. « Les coups c’est notre dernier recours. Être en colère et garder son calme, c’est impossible. »

Quand les CRS préviennent qu’ils vont faire usage de la force, Lou répond : pas de problème, on est prêts. Chaque camp déploie son arsenal : LBD 40 contre boules de pétanque, canons à eau contre une pluie de pavés.

En pleine bagarre, Lou est attrapée par un CRS et s’apprête à affronter la douleur mais l’agent se penche sur elle, relève sa visière et Lou reconnaît son voisin Monsieur Vincent. Elle a passé plein d’après-midi avec ses filles dans son jardin.

« Monsieur Vincent et moi, on se toise, abasourdis au milieu de l’agitation. Depuis qu’on s’est reconnus, aucun de nous n’a bougé. » Les souvenirs lui reviennent en trombe, des souvenirs d’enfance, et de longues minutes passent les yeux dans les yeux à se scruter pour décrypter le cerveau de l’autre. Et dans le cerveau de Lou, le doute s’installe. Pourquoi opte-t-on soudain pour la violence plutôt que la tendresse ?

Yannis tient la culpabilité à distance alors que Lou n’est pas fière de ses habits noirs face à Monsieur Vincent. Elle sait que les flics les provoquent mais ils ne sont pas les seuls.
« On les canarde. On en amoche quelques-uns à la première occasion. » C’est la haine qui monte, grenade après grenade, pavé après pavé. Ni dans un camp, ni dans l’autre, personne n’a le sens de la nuance. Alors, la faute à qui, Lou ne parvient plus à décider. D’autres souvenirs de la petite fille lui  reviennent.  « De loin ce n’est qu’un connard de keuf. Je le caillasserais sans réfléchir. De près, c’est mon voisin. Un mari, un père, un ami. Juste un homme. »

Un texte très émouvant, écrit avec un ton, un style, un vocabulaire très proches du langage des « jeunes d’aujourd’hui », qui oblige à réfléchir à ce qui légitime – ou pas – la violence.

Nadine Dutier 
(09/05/23)    



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Jeunesse

Marie COLOT, Nos violences
Actes Sud Junior

Collection d'une seule voix
(Avril 2023)
80 pages - 11,50

À partir de 14 ans





Marie Collot
a déjà publié une trentaine de livres pour la jeunesse.


Bio-bibliographie
sur son site :
mariecolot.com


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