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Lou DARSAN

Les heures abolies


Le bonheur n’a pas d’histoire. C’est pourquoi l’auteure ne nous en transmet que les sensations dans un long poème divisé en quatre saisons, les saisons de l’amour : la solitude, trépidante ou désespérante, la rencontre, la fusion, la séparation (s’éloigner pour mieux se retrouver ?)

On est en été, en Grèce, dans les Pyrénées, dans le Monténégro, qu’importe. Je ne peux plus conduire sans que les paysages de ma mémoire se superposent à ceux que je vois. Il ne faut pas chercher à savoir où l’on est, il faut se laisser porter, emporter par le flot des mots, des images, des souvenirs, des odeurs, des bruits, du goût du sel, de la mer et de l’ombre des tamaris…

Puis c’est l’automne, l’amour est là, comme les lieux, indéterminé, et la décision est prise, à Berlin, de tourner le dos au midi, d’aller vers le nord, le grand nord où le jour va disparaître complètement, s’enfermer pour s’aimer dans le chalet prêté par Sacha.

Dans l’alcôve accolée à l’est, tu m’as aidée à déboîter et élargir la banquette en bois ancien aux motifs fleuris qui se transforme en un lit étroit. Nous y avons entreposé en guise de matelas un empilage de courtepointes matelassées en patchwork qui attendaient d’être sorties de la malle. Leur parfum de cèdre et de renfermé a envahi la pièce, mêlé à l’odeur du café que tu venais de poser sur le gaz, j’ai éternué et tu t’es brûlé la langue en buvant trop vite, nous avons succombé au sommeil […] Chaque soir, depuis nous dormons dans ce lit comme dans le nid d’une famille de souris : en rond, nos jambes entrelacées, nos corps recroquevillés l’un contre l’autre. La chaleur et la douceur nous entourent, quelque chose de tendre qui rayonne et enveloppe.

L’hiver se durcit, le froid devient intense, il mord les joues, les nuits sont plus longues que les jours, la chaleur du chalet, son immobilité, efface jusqu’à la possibilité du mouvement, de la route, du voyage. Il ne reste que des balades mesurées, la nuit tombe vite au pays de la reine des Neiges, la vraie, celle que raconte Andersen, là où le mot éternité retrouve son sens.

Et puis, c’est le dégel, très lent, la séparation des éléments, le retour à la solitude, dans la joie, le plaisir, l’osmose, l’acceptation du grand tout. Se baigner avec les baleines en attendant le prochain hiver !

Sylvie Lansade 
(16/01/23)    



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La Contre Allée

(Janvier 2023)
224 pages - 18,50







Lou Darsan






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son premier roman :

L’arrachée belle