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Gérard GLATT


La compagnie des mouches


Un pistolet en couverture, un meurtre, des policiers, une cavale, on est bien dans le registre du polar mais que Gérard Glatt traite à sa manière, en douceur, sans renoncer à la tendresse, la poésie, la beauté des paysages, l’écriture intimiste, et en abordant des thèmes douloureux comme l’inceste ou l’homophobie.

On est en 1983, le narrateur, Jean-René, vingt-huit ans, est représentant de commerce. « Whisky, champagne, porto... Chaque jour, je me transporte avec mon sac, mes bons de commande, mes promotions à ne pas rater : je vais, je viens de bistrot en hôtel, de restaurant en épicerie plus ou moins fine : tous les jours que Dieu fait, je parle, j'amourache, j'embobine : je débarque avec mes sous-verre ; j'arrive avec mes cendriers, mes décapsuleurs; j'annonce mon passage : nouveau barème, barème dégressif, occasions rares, etc. »

Il habite à Paris, dans un deux-pièces sous les toits avec une terrasse, en colocation avec Vivien, un postier de vingt-trois ans. « Quand nous nous sommes rencontrés – c'était dans une agence immobilière, à proximité de la place de la Trinité –, nous cherchions l'un et l'autre un endroit pas trop cher où vivre tranquille. Pile-poil, on est tombé ensemble sur cet appart à se partager. »
« J’aime bien Vivien. J’aime sa dégaine, son déhanchement tranquille, cette façon qu’il a d’être à son aise en n’importe quelle circonstance. » Tellement à l’aise qu’il a l’habitude de se promener nu dans l’appartement, ce qui n’est pas sans troubler Jean-René.
Quand il a accepté la colocation, « c'était sans arrière-pensée. Comme d'une expérience à tenter. En tout bien tout honneur. Prosaïquement. Sans me douter que Vivien me troublerait comme il le fait à présent. Sans supposer que, matin et soir, je n'aurais bientôt qu'une chose en tête, véritable obsession : le voir se promener dans le séjour, le surprendre dans la salle de bains, feignant d'être étonné, l'écouter respirer des heures durant, lui dire oui à tout et pour n'importe quoi, être constamment à son écoute. Sans me douter, enfin, que la période des fêtes de fin d'année, que nous passerions chacun de son côté, Vivien chez ses parents, gérants d'épicerie à Auzon, moi à Pont-l'Évêque, chez mes grands-parents, me serait une torture. Et que, pendant la semaine passée en Normandie, je ne songerais qu'à mon retour à Paris où je pourrais à nouveau toucher du regard, sans qu'il n'y paraisse jamais, le corps robuste, brun, taillé en force de mon ami. »

Tout cela on le comprend au fil de la plume de Jean-René qui, lorsqu’il est seul, écrit dans des carnets, ses pensées, ses désirs, ses hésitations… « Ce que j’écris mais n’oserais pas dire. »
Le jeune homme est troublé par son colocataire tout en restant dans une relation uniquement amicale. Vivien est homosexuel, lui ne l’est pas, mais il n’a pas non plus une relation très facile avec les femmes, « ces êtres étranges, pour moi insaisissables, aux reflets souvent diaphanes, qui m'attirent et m'effraient tout autant. » L’une d’elles, pourtant, lui permet de surmonter à la fois sa peur et son attirance pour Vivien. « Carène, mon prétexte à écrire. À écrire sur moi, sur Vivien, sur tout ce qui me tarabuste, mais sans trop oser pourtant. Carène, pour compenser le diable. Le diable Vivien. Éviter que je ne lui cède. Que je cède au désir que j'ai de frotter ma peau à la peau du diable. Carène, mon petit bon ange. »
Carène est caissière au Prisunic où Jean-René fait ses courses, de plus en plus souvent. Elle se laisse aborder, apprivoiser, mais lentement en fixant elle-même les règles, en dévoilant peu à peu ses secrets, sans parvenir à évoquer vraiment l’inceste que Jean-René va comprendre entre les lignes…

Et le polar, dans tout ça ? C’est à la page 121 que le roman bascule, quand Vivien est assassiné.
Par qui ? Pourquoi ? Plusieurs pistes vont se présenter mais pour les policiers la plus probable est un crime passionnel, sans doute Jean-René, très proche de la victime, peut-être son petit ami… C’est du moins ce que suppose Jean-René et, de peur d’affronter la police, il préfère prendre la fuite. Avec Carène. La deuxième partie du roman est donc cette cavale vers le Sud qui va permettre un approfondissement de leur relation et de belles descriptions de paysages. Jusqu’à un dénouement violent. Impossible d’en dire plus. Suspense…

Gérard Glatt change de registre littéraire mais sans s’éloigner tout à fait de ses précédents romans où il a toujours fait preuve d’une grande empathie pour ses personnages, qu’il présente avec tendresse, et où la nature, les paysages, la beauté et la poésie ont une place importante.

Serge Cabrol 
(30/10/23)    



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Noir & polar








Christine Bonneton

(Octobre 2023)
240 pages - 17,90 €









Gérard Glatt, n en 1944, se consacre entièrement à l'écriture. Il a publié une vingtaine de livres.


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Gérard Glatt






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