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Jacques MOULINS


Menaces italiennes


Nous avons rencontré Deniz Salvère en 2020 dans Le réveil de la bête. Directeur du département d’Europol de lutte contre le terrorisme, il était venu à Paris pour enquêter sur la mort d’une jeune femme liée à une organisation de hackers chargée de réunir des fonds pour soutenir des groupes d’extrême droite et favoriser l’arrivée au pouvoir de partis nationalistes. Il s’est ensuite déplacé vers Berlin dans le deuxième volume et le voici maintenant en Italie où il crée une antenne de son département à Gênes dont il confie la direction à son adjointe, Elsa Minetti.

À La Haye, au siège d’Europol, Salvère est toujours en concurrence avec le département de lutte contre la cybercriminalité. Europol s’est beaucoup axé sur le terrorisme islamiste et sur une cybercriminalité liée aux mafias et au grand banditisme. Salvère, lui, s’efforce de faire admettre l’idée d’une cybercriminalité au service d’un terrorisme d’extrême droite et poursuit son combat contre une nébuleuse appelée HDS dirigée par un mystérieux colonel.
« Avec l'appui de potentats locaux partout en Europe, cette association de malfaiteurs, encore trop mystérieuse pour nous, finance des fermes à troll chargées de rançonnages, de désinformations et de campagnes complotistes, constitue un butin de guerre, organise des manifestations violentes et, sans doute, des plans précis de prise de pouvoir hors de tout cadre constitutionnel. »

Pour l’antenne génoise, la commandante Elsa Minetti dispose d’une dizaine de policiers triés sur le volet dont deux lieutenantes, Chiara Maffioli et Valentina Corsi qu’on va suivre au fil du roman dans leurs recherches et leurs enquêtes.
Depuis l’épisode de Berlin, Denis Salvère a dans le collimateur le dirigeant d’un parti extrémiste italien, Ettore Guidi dont la fille, reniée par son père, a été exécutée par l’organisation. Ce nostalgique de Mussolini a déjà tenté de prendre le pouvoir « dans les années quatre-vingt, quand, officier des services secrets, il semble avoir participé à l'attentat de la gare de Bologne qui devait ouvrir la voie à une dictature fasciste, mais le procès n'a pu rendre entièrement justice aux 85 victimes et aux 200 blessés. Deux de ses coreligionnaires militaires ont été condamnés, mais lui a été acquitté. Il y a cependant perdu l'usage d'une jambe. »
Maintenant âgé, il n’a pas renoncé à ses espoirs d’arriver à la tête de l’État et joue certainement un rôle dans l’organisation secrète que Salvère veut démanteler. Encore faut-il le prouver…

Par où commencer ? Elsa cherche parmi ls faits divers ceux qui pourraient avoir un lien avec leur enquête et s’intéresse à la disparition de deux femmes, l’une résidant à Milan et l’autre à Gènes.
Le rapport de la police locale mentionne que Gianni Pasella le mari de la disparue génoise, est « l’oncle de Matteo Pasella, un jeune oisif connu pour ses violences comme tifosi d'un club de Gênes dont le président se nommait Ettore Guidi. Le jeune Matteo avait été interpellé à plusieurs reprises pour voies de fait lors de matchs de foot, d'insultes à caractère raciste, de violence contre agents des forces de l'ordre, et condamné à de légères peines avec sursis. Les rapports de police mentionnaient son rôle de meneur et le soupçonnaient d'être le bras armé de Guidi. » C’est en s’intéressant à ce hargneux tifosi néonazi que l’enquête va pouvoir progresser…

Un autre personnage va rapidement prendre une place importante dans ce roman c’est un universitaire milanais acquis aux idées néofascistes, le professeur Pietro Ferreri, qui se bat pour créer dans sa ville une université à vocation européenne « pour former des cadres porteurs de l’architecture de l’ordre nouveau, aptes à occuper les directions des administrations et des entreprises une fois le pouvoir conquis. » Une université qu’il dirigerait bien sûr et qui lui donnerait un statut prestigieux.
L’appui de l’organisation HDS lui est indispensable et il fait le lien entre l’Italie et Berlin. Lui aussi est en liaison avec Ettore Guidi dont il a encore besoin mais qu’il ne reconnaît plus comme le chef apte à diriger le pays. Il faudrait un homme plus jeune et plus charismatique…

Comme pour les volumes précédents, le fond est passionnant et inquiétant quant à la montée des nationalismes et populismes surfant sur les crises, manipulant des jeunes assoiffés de violence quel qu’en soit le motif et instrumentalisant la peur des migrants pour exploiter des colères et des réflexes protectionnistes qui fragilisent toujours plus les démocraties.
Sur la forme, c’est toujours un rythme endiablé, alternant les chapitres consacrés à différents personnages qu’on apprend à connaître de mieux en mieux, et se déroulant à Gênes, Berlin ou La Haye. Suspense et rebondissements participent à cet agréable sentiment qu’il se passe toujours quelque chose quelque part et nous incite à tourner les pages pour savoir si Salvère et son équipe vont parvenir à atteindre enfin le cœur (ou plutôt la tête) de cette organisation tentaculaire et maléfique.

Serge Cabrol 
(26/05/23)    



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Noir & polar









Menaces italiennes
Gallimard
Série Noire
(Février 2023)
384 pages - 20

Version numérique
14,99












Jacques Moulins,

né à Montpellier, a passé son enfance à Marseille
et fait ses études universitaires à Aix avant de devenir journaliste.
Menaces italiennes
est son troisième roman.











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le premier volume
de cette trilogie :